Cri du cœur d’un arbitre
Hier, c’était les finales régionales du hockey récréatif à Gadbois. Tous ceux qui y participaient étaient surexcités: les organisateurs, les joueurs, les entraîneurs, les parents et les arbitres.
Moi j’arbitrais. J’étais en charge de la finale Bantam B opposant l’équipe locale de mon quartier: HSO contre les Flames de St-Donat.
Ce fut un match émotif, les estrades étaient plus remplies qu’en saison et tous voulaient voir un bon spectacle. Mais, malheureusement, ce match s’est mal terminé. Dans les cinq dernières secondes, les perdants présents sur la glace s’en sont pris aux gagnants.
Est-ce à cause de la façon dont j’ai arbitré pendant le match? Est-ce que c’était de la faute aux deux juges de lignes qui auraient mal fait leur boulot? Je suis convaincu que non.
«La game» du hockey est remplie de subtilités qui occasionnent les victoires et les défaites. Et l’explication facile des gens qui sont trop impliqués émotivement est que c’est de la faute aux arbitres si ça vire mal.
Je dois avouer que parfois, l’arbitre est dans le champ et qu’en raison de plusieurs appels de punitions douteuses, le niveau de frustration des équipes augmente et que ça finit en foire de cirque. Sauf que parfois, il se passe des choses qui sont hors du contrôle de l’arbitre et c’est ça qui vire la place en cirque.
Ça m’est arrivé cette semaine et j’en ai ma claque que ce genre de détails passe sous silence. Je veux donc jaser hockey avec vous en tant qu’arbitre et humain qui s’est fait écœurer lors des finales.
C’était 2-2 après deux périodes de jeu et la zamboni venait de refaire la surface de jeu pour terminer ce match sans lendemain. Pendant cette troisième période, St-Donat a pris les devants en marquant un but et les coachs d’HSO, voyant qu’ils ne pouvaient niveler la marque, retirèrent leur gardien à la faveur d’un sixième attaquant.
Il restait alors un peu plus d’une minute à faire et HSO a tout tenté pour inscrire un but mais la rondelle s’est retrouvée au centre de la glace alors qu’il restait neuf secondes. Le temps d’une dernière montée au filet adverse.
Sauf que cette dernière montée fut interrompue, car HSO a fait un hors-jeu à la ligne bleue adverse. Il restait alors cinq secondes obligatoires à jouer, avec une mise au jeu en territoire central, mais les entraîneurs ont décidé de laisser les mêmes joueurs sur la glace. Le résultat: une bataille en fin de match et de violents coups de bâton sont donnés.
Je tiens à vous faire part de toutes les raisons qui me viennent à l’esprit pour vous exposer mon désaccord avec la décision des entraîneurs.
1- Les joueurs sont fatigués car ils sont sur la glace depuis plus d’une minute.
2- Les joueurs sur la glace sont frustrés de ne pas avoir compté.
3- Ils sont aussi frustrés d’avoir commis un hors-jeu dans cet instant important.
4- Il y a aussi d’autres joueurs sur le banc qui ont contribués au succès de l’équipe tout au long de la saison et lors des séries. Ces joueurs auraient mérité d’être sur la glace pour terminer ce dernier match.
Et ce dernier point est celui sur lequel je tiens le plus à insister, car je trouve ça sans cœur de la part des coachs. Pendant ce dernier arrêt de jeu, j’imagine qu’ils ne devaient penser qu’au maigre espoir d’inscrire un but en cinq secondes. Sauf que pendant ce temps, ils ne pensaient pas aux jeunes qui ont participé à 100% de leur capacité et à qui ils ne daignent pas leur laisser les derniers petits 8% de la dernière minute de la finale. Les gros canons de l’équipe n’ont pu marquer alors place aux plombiers, aux Steve Bégin de ce monde!
Mais non, les coachs ont préféré laisser les joueurs les plus émotionnellement explosifs sur la glace. Alors, quelle est la responsabilité des arbitres dans une telle situation? Aucune. Les arbitres ne peuvent que constater que la soupe est trop chaude et que ça risque de brûler. Et quand ça brûle, l’arbitre distribue les punitions.
C’est certain qu’en tant qu’arbitre, on peut être déçu qu’un match se termine ainsi. Et c’est mon cas, car je savais que ce n’était pas de ma faute. Et lorsqu’un des entraîneurs d’HSO m’a engueulé en m’accusant d’être responsable de l’issue finale du match, je bouillais intérieurement et je n’ai pu m’empêcher de lui dire qu’il ne connaissait rien au hockey pour me parler ainsi et qu’il n’avait pas de classe.
C’est certain que je n’aurais pas dû lui dire cela, car en bout de ligne, les esprits se sont encore plus échauffés, rajoutant un peu plus de laid à ce tableau sportif.
Mais bon, les médailles ont été distribuées aux finalistes et aux gagnants. J’ai rempli la feuille de pointage avec les punitions qui s’imposaient et j’ai aussi dû écrire un rapport sur les événements pour le comité de discipline.
Jusque là, tout se passa relativement bien. Et ma journée de hockey devait se terminer en assistant avec mon frère au match du Junior A opposant mon équipe locale (HSO) à St-Donat. J’écris mon équipe locale, puisque plusieurs des joueurs de cette équipe sont les petits frères de mes chums ou encore des amis.
J’étais donc dans un coin reculé des estrades, entouré de beaucoup de visages connus et amicaux dans le but d’encourager les jeunes de mon coin. J’étais heureux jusqu’à ce qu’un entraîneur revienne m’insulter à l’endroit où j’étais assis. Il me disait qu’avec la game que je venais de faire subir à son équipe… et bien que j’avais du culot d’aller m’asseoir du côté de HSO pour voir le Jr A.
Je n’en revenais pas! Je ne bouillais plus, je fulminais. Voir que moi, un petit gars de Ville-Émard, passionné de hockey, je n’avais pas ma place dans cette estrade, alors que je suis de retour dans mes souliers de simple citoyen? Ce que je sais, c’est que je ne voulais plus voir ni entendre ce gars là et je le lui ai fait comprendre en oubliant ma politesse.
L’intervention de ce coach et ma réaction à cela se sont terminées en une bousculade entre une dizaine de personnes. Laissez-moi vous dire que ce n’était pas très chic. D’autant plus que nous étions les hôtes du tournoi régional. Suite à cela, la police est arrivée et je n’ai pas pu assister à la fin de la partie. La police m’expliquait que je devais quitter car plusieurs individus étaient frustrés contre moi.
Le résultat fut donc que mon frère et moi avons étés escortés par les policiers jusqu’à l’extérieur ainsi que trois autres individus avec qui on s’était bousculés.
J’avais honte que tout cela se déroule devant mes amis, les parents de mes amis, devant mes patrons et collèges de travail et devant toutes mes connaissances du hockey qui furent témoins de cela.
Que penseront tous ces gens? Ma réputation au hockey est-elle ternie pour toujours? J’espère que non et c’est aussi pour cette raison que j’écris au journal. J’écris également parce que je crois que certaines personnes ne sont pas conscientes que les arbitres se spécialisent en hockey au point d’en maîtriser plusieurs subtilités.
En terminant, je crois qu’il est temps que la mentalité de plusieurs qui s’impliquent dans le hockey change. Si notre sport national souffre de violence et qu’il est malade, c’est dû en partie à une philosophie d’hockey déficiente. Une philosophie de fond de ruelle.
Fred Waddell