Démocratie et urbanisme : le défi
À la faveur d’un rattrapage attendu depuis longtemps, la gestion et la mise en valeur du territoire montréalais sont encadrées par un remarquable ensemble d’instruments cohérents: plan d’urbanisme, politiques de la culture et du patrimoine, etc.
Cet ensemble s’appuie lui-même sur des mécanismes et des politiques visant à éclairer et à soutenir les élus dans le processus décisionnel sur les projets à travers lesquels le développement de la ville se concrétise: Office de consultation publique de Montréal (OCPM), Conseil du patrimoine de Montréal, Charte montréalaise des droits et responsabilités, politique de consultation et de participation publiques.
La qualité de ces instruments et leur caractère novateur ont du reste été reconnus. Les uns, comme la Charte, bénéficient d’une diffusion internationale. D’autres, tel le plan d’urbanisme, ont mérité les honneurs d’organismes professionnels nationaux. […]
Pourquoi le projet Griffintown fait-il exception ?
Dans ce contexte, la décision de ne pas confier la consultation publique sur le projet Griffintown à l’OCPM, et même de lui refuser un rôle-conseil, est inquiétante d’autant plus qu’elle est accompagnée de déclarations de certains élus qui marginalisent a priori les avis du Conseil du patrimoine. Pourquoi est-ce le seul projet montréalais de cette importance qui fasse exception à la procédure de consultation publique de l’OCPM? Est-ce qu’à un certain moment, la consultation formelle des citoyens devient menaçante en soi?
Pour bon nombre d’observateurs de longue date, ces événements évoquent ce qui s’était passé entre 1986 et 1994. L’administration Doré, tournant la page sur le régime précédent, avait entrepris de moderniser et de démocratiser les pratiques d’urbanisme à Montréal. Le premier plan d’urbanisme voyait le jour en 1992. Le Bureau de consultation de Montréal (BCM), créé à ce moment-là, initiait les Montréalais à la consultation publique sur des projets et des programmes importants.
Or, après quelques années, l’administration Doré a écarté progressivement le BCM des grands dossiers. Lui succédant en 1994, l’administration Bourque a aboli le BCM pour créer éventuellement la Commission de développement urbain de Montréal (CDUM), de triste mémoire. […]
Une double inquiétude
Nous appréhendons ce qui semble une mise en veilleuse de la cohérence du plan d’urbanisme, de la mise en œuvre de la politique de consultation publique et le mandat de l’OCPM. Nous redoutons également l’expansion sournoise du courant de pensée selon lequel les activités de consultation et de concertation tenues par un promoteur durant l’élaboration de son projet rendent superflue la consultation publique devant un organisme formel comme l’OCPM ou le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). […]
Le projet Griffintown est précisément de ceux en fonction desquels l’OCPM a été créé et qu’il est bien outillé pour traiter. En laissant l’arrondissement guider entièrement et à sa manière le processus décisionnel, l’Administration de la ville prend le risque de tourner le dos aux orientations panmontréalaises et aux grands objectifs qui sous-tendent le plan d’urbanisme. […] Le processus décisionnel relatif au projet de revitalisation de Griffintown doit être à la mesure des enjeux, des perspectives et des attentes dont le projet est porteur. Les Montréalais sont en droit d’exiger de leur administration municipale un leadership exercé pleinement en fonction de ce que le législateur a prévu à cette fin.
L’Ordre des urbanistes du Québec et de nombreux professionnels de l’urbanisme et de l’architecture ont signé la lettre, dont Gérard Beaudet, directeur de l’Institut d'urbanisme de l’Université de Montréal, David Brown, directeur de l’École d'urbanisme de l’Université Mcgill, Robert Chicoine, urbaniste et président de l’Ordre des urbanistes du Québec, Phyllis Lambert, architecte et Claude Beaulac, urbaniste et directeur général de l’Ordre des urbanistes du Québec