Durant plus d’une semaine, le ciel de Sanya est envahi de feux d’artifice. (Photo: Mathieu Dubois)
Des pétards s’envoient en l’air
Depuis une semaine, les rues chinoises sont envahies par une série d’explosions et de cris. Les gens se rassemblent et lèvent la tête pour apercevoir le ciel changer de couleur. Sous les bruits tonitruants des pétards qui résonnent jour et nuit, on se croirait au beau milieu d’une guerre civile. Mais tout ce brouhaha est plutôt relié aux célébrations du Festival du Printemps qui ont débuté la veille du Nouvel An chinois, le 6 février.
Alors que j’étais tranquillement en train d’écrire la précédente chronique mercredi dernier, j’ai été déconcentrée par un bruit d’explosion à faire dresser les cheveux sur la tête. Par peur que l’hôtel dans lequel je me trouvais ne s’écroule, je me suis précipitée à l’extérieur, pour constater qu’un jeune garçon d’à peine cinq ans venait de faire sauter de gros pétards à l’entrée de l’édifice.
Un peu plus loin, une famille s’extasiait et riait aux éclats en regardant leurs feux d’artifices illuminer le ciel. Les restaurants de Sanya, au sud de l’île chinoise de Hainan, étaient bondés de gens venus célébrer le nouvel an. Vêtus de leurs plus beaux vêtements, les jeunes enfants attendaient avec impatience leur hong-bao, une enveloppe rouge remplie d’argent, traditionnellement remise par les aînés.
Les festivités et les rituels entourant le Nouvel an chinois, basé sur le calendrier lunaire plutôt que grégorien, peuvent durer jusqu’à trois semaines et se terminent habituellement à la fête des lanternes, soit le quinzième jour de l’année lunaire.
Symbolisme d’une tradition
Si l’arrivée de la nouvelle année est l’occasion parfaite pour faire la fête durant plusieurs jours, elle est également synonyme de spiritualité. L’une des légendes les plus populaires raconte qu’un monstre cruel, Nien, dévorait les humains la veille du jour de l’an et que pour le faire fuir, on devait accrocher devant la maison des bandes de papier rouges, sur lesquelles étaient transcrites des vers. Celui qui, disait-on, craignait le rouge, avait également peur de la lumière et du bruit émanant des lanternes et des pétards qu’on s’empressait de faire briller toute la nuit.
Plus traditionnellement, on raconte que le 24e jour du dernier mois lunaire, les dieux, chargés de veiller sur chaque foyer, quittent le domicile pour aller rendre hommage à l’Empereur de Jade, divinité taoïque suprême et lui faire un rapport sur chaque famille.
Le Nouvel An chinois est donc l’occasion de se réunir tous ensemble, afin de rendre hommage à ces dieux, entre autres en brûlant de l’encens et en accomplissant divers rituels religieux.
Horaire des festivités
Cette année, le 7 février soulignait le passage de la Chine vers la nouvelle année symbolisée par le signe astrologique du rat. Le premier jour de l’année se passe traditionnellement avec la famille de l’époux, alors que le deuxième jour du calendrier lunaire est plutôt réservé aux femmes mariées, qui peuvent à leur tour retourner voir leur famille. Selon la légende, le troisième jour est réservé aux souris, petits rongeurs vivant parfois à l’intérieur des maisons, qui choisissent ce moment pour marier leur fille. Si cette croyance peut sembler étrange, toute la maisonnée doit néanmoins se coucher tôt, afin, dit-on, de laisser la chance aux souris de célébrer tranquillement leurs noces. Puis, le quatrième jour, les festivités commencent à diminuer puisque l’on prépare les offrandes pour le dieu du foyer, qui revient de son périple céleste. C’est la fin d’une liberté sans surveillance divine. La vie reprend tranquillement son cours, alors que d’autres rituels religieux seront accomplis durant les jours qui suivront pour honorer, notamment, la naissance de l’Empereur de Jade, le 9e jour de l’année lunaire.
Durant toute la durée de ces cérémonies, qui se déroulent durant la plus importante période de vacances de l’année, on en profite également pour faire la fête avec parents et amis, en faisant exploser partout des centaines de feux d’artifices, de pétards ou de simples feux de bengale.
Depuis mercredi dernier, marcher sur la plage de Sanya est donc devenu paradisiaque. À la tombée du jour, des lumières multicolores brillent partout dans le ciel, accompagnées d’immenses lanternes rouges propulsées dans le ciel telles des mongolfières. Des «oh», et des «ah», retentissent, alors que les plus jeunes artificiers, âgés souvent d’à peine trois ou quatre ans, tentent leurs premières expériences. Depuis près d’une semaine déjà, on fêtent de façon grandiose l’arrivée de cette nouvelle année et l’approche imminente du printemps, alors que les vacances achèvent et que plusieurs travailleurs doivent déjà retourner au boulot.