Les premières chutes de neige étaient synonymes de joie et de plaisir. C’était la première bataille de boules de neige dans la ville de Wuhan, en 10 ans! (Photo: Mathieu Dubois)
Passer l’hiver sans chauffage
J’ai eu les orteils rouges et enflés. Maintenant, ils sont bleus. Ils ont subi de graves engelures. Comme des dizaines de millions d’autres Chinois, je suis victime du mauvais temps qui assaille le pays depuis la fin du mois de janvier. Habituée aux tempêtes de neige qui sévissent habituellement au Québec, je ne m’étais pas imaginé que l’hiver chinois allait être plus difficile à supporter.
Soixante personnes sont mortes, 223 000 constructions se sont effondrées, plusieurs provinces n’ont plus d’électricité et de nombreuses cultures agricoles ont été détruites. Partout en Chine, on parle d’un froid glacial, le pire jamais enregistré depuis une décennie.
Les accumulations de neige ont également battu des records: du jamais vu depuis les 50 dernières années. Si plusieurs personnes sont déjà mortes glacées en campagne, ce n’est pas nécessairement parce qu’il fait trop frisquet, mais plutôt parce que le pays n’est pas équipé pour survivre à des températures en dessous de zéro.
J’étais, il y a deux jours, dans le centre de la Chine où l’on enregistrait une température record d’environ -5 degrés celcius. «Il n’y a rien là», me direz-vous, en regardant l’aiguille de votre thermomètre pointer le -20 degrés. Or, la majorité des maisons en Chine, particulièrement en campagne, ne possèdent pas de chauffage adéquat pour résister à l’hiver. Un petit calorifère de fortune produit un peu d’air chaud, mais ne parvient souvent pas à réchauffer complètement les maisons, fréquemment mal isolées.
Même chose pour les commerces et les restaurants qui n’ont souvent même pas de portes. Les coiffeurs coupent les cheveux de leur client avec des gants, les serveuses des restaurants gardent leur manteau en dessous de leur tablier et même les dentistes font leur traitement de canal avec une tuque.
Il est donc impossible de se réchauffer, même lorsque vient le moment d’aller au lit. Par exemple, la fenêtre de la chambre de l’auberge jeunesse où je résidais ne fermait pas complètement. Grâce au petit calorifère installé en haut de mon lit, il devait faire environ deux degré dans la pièce.
Prisonnier du mauvais temps
Les autorités chinoises estiment que 32,9 millions de personnes, dans 14 provinces du pays, sont affectées par le froid, la neige ou le verglas.
Plusieurs milliers d’entres elles ont d’ailleurs dû renoncer à aller retrouver leur famille pour fêter le Nouvel an chinois, le 7 février, puisque plusieurs gares de train sont fermées, de même que plusieurs autoroutes. Les flocons de neige tombent donc à un bien mauvais moment, alors que les vacances viennent tout juste de commencer.
Les plus chanceux ou plus fortunés ont tout de même une solution afin d’éviter la cohue reliée à la pluie, la neige et le froid. Ils peuvent s’évader vers le sud de la Chine où les températures sont plus clémentes. Une de ces destinations est la petite île de Hainan, où je me suis réfugiée.
Alors que je suis assise dans le sable, mes pieds croient rêver: ils trempent dans la mer et conservent une petite pensée pour tous ceux qui sont coincés dans le froid. Ils y demeureront jusqu’à ce que les caprices de Dame Nature aient cessé.
Terrible et magnifique!
marjolaine fabreArticle mis en ligne le 7 février 2008
Tout d'abord, félicitations à la reporter! Nous entendons parler ici de la température en Chine, mais comme un écho lointain. Il est vrai que nous ne comprennons pas bien la situation, habitués à des prévisions plus froides encore, des chutes de neige plus abondantes. On oublie souvent que nous sommes (heureusement) bien équipés ici pour contrer le froid et la neige, et que les victimes de la météo meurent raremment chez elles.
Merci de nous ouvrir les yeux sur la réalité des autres, aussi éloignés de nous soient-ils! Bravo pour la diversité de tes articles, toujours intéressants. Je te souhaite beaucoup de courage et de santé dans la poursuite de ton périple.