Selon le commissaire Gérard Bouchard (à gauche), qui en a fait mention en ouverture de séance, «les demandes pour motifs religieux ont causé beaucoup d’émoi au Québec et contrairement à ce qu’on peut penser, ce ne sont pas les immigrants qui demandent le plus». (Photo: Éric Carrière)
Une guerre de religion?
La laïcité, au cœur des débats à la Commission Bouchard-Taylor
«C’est la religion qui déclare la guerre, et nous sommes les suivants!» Cette phrase-choc est celle d’un citoyen de Montréal-Nord, Sylvain Cyr, qui a pris la parole aux audiences de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, à la fin novembre. Une déclaration qui met au premier plan le thème de la laïcité.
Il faut le dire, parmi les nombreux thèmes récurrents abordés par les intervenants à la commission coprésidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor, celui de la laïcité, c’est-à-dire l’absence de tous signes, gestes ou interventions religieux dans l’espace public, arrive en tête.
Au-delà des commentaires extrémistes, alarmistes, sensationnalistes, exagérés de certains intervenants, comme cet homme de Montréal-Nord, il y a ceux de personnes ou groupes de personnes qui sont plus nuancés, plus modérés, placés dans un contexte plus large, mis en perspective, qui réclament la laïcité, dans un effort de neutralité, de respect de toutes les communautés culturelles (et religieuses) avec lesquelles tous cohabitent désormais, et pour de bon, pour le meilleur et le pire.
La religion et son pendant, la laïcité, sont donc au cœur des débats à la Commission Bouchard-Taylor. Même le commissaire Bouchard en a fait mention dans ses propos en ouverture de séance. «Les demandes pour motifs religieux ont causé beaucoup d’émoi au Québec et contrairement à ce qu’on peut penser, ce ne sont pas les immigrants qui demandent le plus», a notamment déclaré le réputé sociologue qui en profitait pour vanter le caractère démocratique de la commission qu’il copréside avec l’éminent philosophe Charles Taylor.
Laïcité et neutralité
Dans cet effort de la société québécoise pour sortir la religion de l’espace public, pour donner un caractère neutre aux institutions, on peut citer en exemple les efforts de plusieurs pour mettre fin à la prière en début de séance de conseil municipal, et cela, même si la partie n’est pas gagnée partout.
À Lachine, comme à Montréal, à Laval et dans plusieurs autres villes, depuis quelques années déjà, la prière catholique a été remplacée par un «moment de réflexion», tout comme à Verdun, où le citoyen Claude Talbot a, de longue lutte, obtenu récemment l’abolition de la prière; tandis qu’à Saguenay, pendant ce temps, le maire Jean Tremblay reste sur ses positions et maintient fermement la prière en début de séance du conseil municipal pour des raisons de conviction et de tradition.
Le Verdunois Claude Talbot, fondateur du Rassemblement des citoyens de Verdun pour la laïcité, appuyé du Mouvement laïc québécois, veut aussi faire enlever le crucifix de la salle du conseil de l’arrondissement, non pas pour le remiser mais pour le placer ailleurs, comme une pièce de musée, en tant qu’élément significatif du patrimoine religieux.
Pour M. Talbot, «la séparation de l’Église et de l’État, pour aboutir à une laïcité totale des institutions, est une question fondamentale dans l’objectif que tous les citoyens soient égaux».
(Photo: Éric Carrière)