VANCOUVER - Deux rapports commandés par la GRC sur le site d'injection supervisée de drogue Insite, à Vancouver, auraient été utilisés par des parlementaires conservateurs pour argumenter en faveur de la fermeture du site, selon une organisation militante qui a appelé mercredi la vérificatrice générale à étudier le dossier.
La Pivot Legal Society a fait valoir que la pertinence du site d'injection supervisée relevait de questions de santé publique et non de questions de sécurité.
L'organisation à but non lucratif de Vancouver a invité la vérificatrice générale Sheila Fraser à examiner si la GRC avait fait un mauvais usage des fonds publics.
Me Douglas King de la Pivot Legal Society a soutenu que la GRC avait refusé de dévoiler si elle avait payé pour ces rapports, même si l'un des auteurs aurait mentionné avoir reçu de l'argent du corps policier.
Les deux auteurs ont publié leur rapport, qui revoit des études scientifiques favorables à Insite, sur Internet, sans faire mention de la GRC.
L'avocat a affirmé que la GRC avait aussi commandé précédemment deux autres rapports qui s'étaient avérés favorables au Insite, mais que le corps policier ne voulait pas qu'ils soient rendus publics.
Me King a indiqué que des courriels internes de la GRC obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information laissent croire que des policiers de la GRC ont rencontré des parlementaires conservateurs qui ont pu par la suite se servir des rapports pour argumenter en faveur de la fermeture du site Insite.
"L'un des principaux problèmes est le secret entourant les rapports, a affirmé Me King. Les chercheurs devraient être obligés de divulguer la source de leur financement, afin que le public soit informé."
L'avocat a fait valoir que cette absence d'information soulevait des questions sur les motifs de la GRC.
La policière Annie Linteau a indiqué mercredi que la GRC a payé un montant total de 15 000 $ pour les deux rapports et que le corps policier n'avait pas voulu en faire un secret.
"Nous avions la responsabilité d'étudier toute l'information disponible concernant l'efficacité de Insite, et c'est ce qui a été fait par les auteurs de ces rapports", a-t-elle soutenu.
Mme Linteau a indiqué que le premier rapport avait été réalisé en 2006 par un criminologue de l'Université Simon Fraser, Garth Davies, qui a été payé 5000 $. Elle a affirmé que le deuxième rapport, remis l'année dernière, avait été rédigé par le directeur de la recherche pour le Drug Prevention Network of Canada, Colin Mangham, pour une rétribution de 10 000 $.
Me King a indiqué que l'organisation avait fait parvenir une lettre à Mme Fraser. Un porte-parole de la vérificatrice générale, Ghislain Desjardins, a affirmé que son bureau n'avait rien reçu pour l'instant et que, par conséquent, il ne pouvait pas commenter.
Le site d'injection supervisée Insite a été ouvert en 2003, à la faveur d'une exemption à la loi fédérale.
La GRC a soutenu que d'autres études devraient être effectuées sur la pertinence d'Insite, tandis que le gouvernement conservateur mène une bataille judiciaire pour être en mesure de fermer le site.
Le site de Vancouver est le seul du genre au Canada. Les salles d'injection supervisée ne fournissent pas de drogue aux toxicomanes. Mais elles constituent un environnement sain où ils peuvent apporter leur héroïne, par exemple, et où des intervenants leur expliquent comment se l'injecter de façon adéquate.
Plusieurs autres études publiées à travers le monde dans des journaux et des magazines renommés ont laissé entendre que les sites d'injection supervisée permettaient de réduire les morts par surdose de drogue et la transmission du VIH.
L'un des courriels internes aurait été envoyé à l'ancien policier de la GRC Chuck Doucette. Me King a fait savoir que M. Doucette, qui a pris sa retraite de la GRC, travaille actuellement pour le Drug Prevention Network of Canada, qui a à sa tête l'ancien député conservateur Randy White.
Mme Linteau a dit ne pas pouvoir commenter le contenu de ces courriels.
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