Commission Bouchard-Taylor: votre hebdo prend position!
Lorsqu’on nous oblige à faire quelque chose qui ne nous enchante pas, il y a une vieille expression québécoise qui dit: «Tant qu’à y être, aussi bien le faire comme il faut!» C’est un peu, collectivement, le sentiment qui nous anime concernant les travaux de la Commission Bouchard-Taylor.
En réalité, toute cette affaire sur les accommodements raisonnables a été montée en épingle par des médias en mal de sensationnalisme.
Au début de cette crise, il y a eu effectivement une véritable chasse à la nouvelle de dernière heure présentant des «injustices graves» contre l’identité québécoise. Pressés de sortir LA nouvelle, les médias ont tourné les coins ronds et ont fait preuve de négligence en matière de vérification des faits et d’évaluation de la crédibilité des sources d’information. C’est ainsi que le public s’est fait présenter des histoires exagérées ou, pire, carrément erronées! Cette escalade a atteint son paroxysme avec le fameux code de vie d’Hérouxville qui a fait le tour du globe et qui n’aura certainement pas servi à nous présenter au monde entier sous notre meilleur jour. La preuve que les médias ont créé et entretenu la crise : la semaine dernière, le Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal est venu réclamer de la Commission un code clair dans les écoles sur les accommodements acceptables puisque les écoles refusent de décider actuellement «parce qu’elles ont peur d’être pointées du doigt ou critiquées dans les médias!» Dans quelques années, c’est sûrement ce que l’Histoire retiendra des éléments qui ont conduit à la création de la Commission Bouchard-Taylor.
Dans les faits, il n’y a eu aucun incident majeur opposant des Québécois «pure laine» à des immigrants «malcommodes». Nous croyons important de revenir sur quelques-unes des histoires rapportées ces derniers mois:
- L’affaire des vitres givrées du YMCA. Il aurait fallu préciser que le YMCA n’était pas une institution publique et que les maîtres des lieux étaient en droit de faire ce qu’ils voulaient chez eux et, qu’en l’occurrence, ils n’ont porté atteinte à aucun droit de citoyens ordinaires.
- L’affaire de la fameuse directive aux policières de ne pas s’adresser aux citoyens d’origine juive. En vérité, cette directive n’a jamais existé!
- L’affaire du vote des femmes voilées.
À notre connaissance il n’y a jamais eu de femme voilée s’étant présentée dans un bureau de vote et jamais personne n’a présenté une telle demande au directeur des élections.
- L’affaire de la cabane à sucre. Beaucoup d’encre a coulé effectivement autour de ce propriétaire de cabane à sucre qui, suivant simplement les meilleurs principes de satisfaction de la clientèle, avait tout mis en œuvre pour répondre aux demandes de ses clients musulmans.
Voilà, pour l’essentiel, ce qui a menacé la culture québécoise au cours des derniers mois! Et voilà pourquoi de nombreux journalistes étaient gênés le week-end dernier à Québec dans le cadre du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) où le sujet a été largement discuté.
Malgré tout et après avoir sillonné presque toutes les routes du Québec, la Commission Bouchard-Taylor est enfin arrivée dans la grande région de Montréal où la question des accommodements raisonnables peut prendre un véritable sens pratique considérant le profil démographique de l’île.
Malgré sa légitimité questionnable compte tenu des motifs initiaux, nous croyons que la Commission aura été très utile. Elle aura probablement permis aux Québécois de prendre conscience que le Québec est devenu pour de bon une société multiculturelle, tranchant ainsi avec l’époque de la dualité linguistique (français VS anglais). En quelque sorte, les Québécois
viennent de se rendre compte que le monde entier a franchi leurs frontières et que le Québec n’aura jamais plus le même visage.
La Commission aura aussi permis d’ouvrir toute grande la porte du dialogue entre Montréalais d’origines diverses, tous des citoyens d’une grande ville moderne dotée d’une diversité culturelle impressionnante et enrichissante pour quiconque s’intéresse un peu aux autres. Hier, les Montréalais se croisaient dans la rue. Aujourd’hui, ils doivent se parler et apprendre à se connaître. Demain, ils devront vivre ensemble!
À l’origine, la Commission n’avait pas sa raison d’être... mais, tant qu’à y être, elle aura amené le Québec dans le troisième millénaire!