MONTREAL - La ministre de la Condition féminine Christine St-Pierre verse 183 000 $ à une tournée de formation qui doit permettre de mieux outiller les jeunes face à l'hypersexualisation.
Il ne s'agit pas d'une tournée ministérielle, mais bien d'un programme qui a déjà été élaboré par le YWCA de Montréal et une professeure de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
L'octroi de 183 000 $ vaut pour deux ans.
Le programme vise à former des enseignants du primaire et du secondaire, des intervenants auprès des jeunes, des infirmières, des gens des services sociaux, par exemple, afin qu'eux-mêmes soient plus habilités à intervenir auprès des jeunes.
Jusqu'ici, 1500 de ces intervenants ont été formés. Les conceptrices du programme espèrent en joindre 3000 autres.
Au cours d'une rencontre avec la presse, lundi à Montréal, pour annoncer cet octroi, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine a indiqué qu'il ne s'agissait pas là de l'ensemble de sa réponse à l'avis du Conseil du statut de la femme sur l'hypersexualisation des jeunes, paru la semaine dernière.
D'autres actions sont à venir ou ont déjà été annoncées, comme une politique contre la violence conjugale et une contre les agressions sexuelles.
Mme St-Pierre dit croire que l'arme la plus efficace en la matière est de développer le sens critique chez les jeunes des deux sexes.
Francine Duquet, professeure à l'UQAM et une des instigatrices du projet, relate quelques témoignages qu'elle a entendus de la part de jeunes de secondaire 1 et 2, dans une polyvalente loin des grands centres.
"Un party super trippant, c'est un party où il va y avoir de l'alcool et nous, les filles, il va falloir qu'on fasse des affaires", relate-t-elle à partir des témoignages entendus.
"Dans les partys, les gars nous disent: bois et sois cochonne."
L'infirmière de cette école lui a relaté des cas de jeunes filles de secondaire 1 qui font des fellations à des garçons de secondaire 5 et qui se baptisent elles-mêmes "bébés putes".
"Ce qu'il faut réaliser, c'est que ce ne sont plus des cas isolés", déplore Mme Duquet, une sexologue spécialisée dans l'éducation à la sexualité des jeunes.
Plusieurs notions doivent être expliquées à ces jeunes, souligne Mme Duquet, citant le consentement, la banalisation du sexe oral, les rapports égalitaires entre les sexes, l'intimité, le respect de soi. Il faut aussi aborder la cyberpornographie et développer l'esprit critique face aux vidéoclips, aux messages publicitaires et aux images diffusées par certains magazines destinés aux jeunes.
"Pour moi, le problème, ce ne sont pas les jeunes, ce sont les adultes", opine Mme Duquet.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne