Enlever un os à un chien
Benoit Charette
Je n’ai jamais eu de chien, mais un jour, la mère d’un ami m’avait mentionné de ne jamais donné un os de poulet à un chien car ils peuvent se fendiller en écharde et tué le chien. Mais le mal était déjà fait, j’avais donné l’os de poulet au chien de mon voisin, il s’avérait encore plus dangereux de tenter de lui enlever l’os par la suite. Autrement dit, si vous donnez de la nourriture à un animal, assurez-vous de prendre vos précautions avant, car après il sera trop tard. Cette analogie est aussi vraie en négociation avec les travailleurs de l’automobile. Pendant des années, la partie patronale a donné des récompenses qu’elles n’avaient pas les moyens d’offrir en sachant qu’à long terme, ces bénéfices risquaient de venir les hantés. Maintenant, ils veulent enlever ses récompenses. C’est exactement comme si vous tentiez d’enlever un os bien juteux à votre chien, bonne chance.
Comment le Canada en est arrivé à cette situation
Depuis le début des années 90, les TCA (travailleurs Canadiens de l’Automobile) se sont présenté à chaque nouvelle ronde de négociation en soulignant aux trois constructeurs Américains que le Canada offrait un réel avantage aux compagnies en raison du système de santé universel. Sur ce point, ils avaient raison. Les coûts relatifs étant donc plus bas, les constructeurs pouvaient se permettent se payer plus en salaire et bénéfices. Cet avantage d’avoir un système d’assurance santé payé par l’état s’est traduit par un gage supplémentaire d’environ 20,00$ de l’heure. Dons les travailleurs ont demandé et obtenu des bénéfices plus avantageux que les travailleurs américains. GM, Ford et Chrysler n’avaient pas nécessairement les moyens d’offrir ces bénéfices, mais pour garder la paix sociale, les a tout de même accordés pour ainsi placer les travailleurs des deux côtés de la frontière au même niveau. Cette situation demeurait viable tant et aussi longtemps que le citoyen canadien continuait de payer pour l’Assurance santé. Donc à ce point dans notre histoire, il faut comprendre que les bénéfices supplémentaires étaient indirectement financés par les contribuables canadiens. Je peux comprendre que les TCA aient tiré avantage de cette situation et elle allait perdurer tant que les soins de santé universel demeureraient en place, ce qui veut dire pour un bon bout de temps.
Du sable dans l’engrenage
Pendant ce temps, les grandes compagnies Américaines devaient supporter des frais de santé de plus en plus élevés. GM par exemple était devenu le plus grand assureur privé aux Etats-Unis et devait verser aux débuts des années 2000 plus de six milliards de dollars par année pour son système de santé. Face à cette situation qui devenait intolérable, les constructeurs souhaitaient se débarrasser du fardeau des retraités – jusque-là à leur charge –, qui grève lourdement leurs coûts d’exploitation (de l’ordre de 15 dollars par heure de travail par rapport à un ouvrier Canadien). Ils ont donc proposé au syndicat de créer un VEBA (Voluntary Employee Benefits Association) : un fonds de placement qu’il gérerait en direct, en grande partie alimenté par eux-mêmes à une hauteur à déterminer. Ce fonds permettrait au constructeur de réduire ses charges annuelles d’au moins 3 milliards de dollars. C’est donc à partir de ce jour que l’avantage canadien n’en n’était plus un, car GM, Ford et Chrysler avaient trouvé une méthode pour économiser tout en ayant une pleine déduction de taxes. En résumé, c’est un peu comme si le gouvernement américain supportait des coûts de 15.00$ de l’heure pour les travailleurs automobiles pendant que le gouvernement canadien supporte l’équivalent des 20.00$ de l’heure relié aux coûts de santé. Donc, à partir du moment où Washington a prix en charge une partie des coûts, les avantages supplémentaires que les TCA ont négociés ne tiennent plus la route. C’est ici qu’il aurait fallu enlever l’os au chien en expliquant que ce que les trois grands de l’automobile avaient consenti à donner n’était plus valable. Vous comprendrez bien que personnes de voulaient abandonner son os. Il ne faut pas oublier que les travailleurs américains ont également consenti à éliminer les banques d’emplois et à engager des nouveaux employés à des coûts bien moindres, ce qui n’est pas le cas au Canada.
Les TCA ont perdu près de 50 000 travailleurs depuis quelques années et risque d’en perdre d’autres si la situation ne change pas rapidement. Plusieurs ont décrié l’entente entre GM et les TCA, Chrysler et Ford ont été les premiers à lever le ton. Selon les économistes, l’entente entre GM et les TCA permettrait de sauver environ 7.00$ de l’heure. Avec un manque à gagner de 20.00$ de l’heure, cela peut sembler insuffisant. Les deux parties ont également tenu compte de la valeur du dollar canadien face à la devise américaine pour combler le reste. Un jeu dangereux dans une période économique aussi difficile avec un dollar qui monte et qui descend aussi rapidement. Ford et Chrysler voudraient combler le 20,00$ de l’heure sans avoir à tenir compte de la différence des devises monétaires. GM a encore une fois accordé un os à ses employés, un os qu’elle n’a plus les moyens de donner et comme toux ceux qu’elle a donnés auparavant, il sera très difficile de lui arraché, Ford et Chrysler l’ont compris. Je ne remets pas en question le salaire des travailleurs qui est mérité, car il a été négocié. Je remets en question la viabilité d’une convention qui ne reflète plus la réalité et qui risque de coûter cher aux travailleurs.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à MIDI sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca