La ministre de la Famille et des Aînés, Marguerite Blais.
Comment vont nos aînés?
Vaste enquête sur les conditions de vie des personnes âgées, la consultation publique de la ministre Blais devrait permettre de brosser un tableau complet
La Ministre et députée de St-Henri St-Anne, Marguerite Blais, lance sa consultation publique sur les conditions de vie des aînés ce dimanche 26 août. Pas moins de 25 villes seront visitées par la commission afin de recueillir les témoignages des citoyens.
Parmi ces rencontres, celle de Montréal se tiendra le mardi 2 octobre, à l’hôtel Best Western Ville-Marie, où les citoyens sont invités à se présenter librement, sans dépôt de mémoire ou enregistrement préalable: «‘Commission publique’, ça veut dire ‘populaire’; je veux entendre ce que les gens ont à dire. Tout le monde parle des aînés, mais les aînés eux-mêmes, on les entend très peu», illustre la ministre.
«Je vous dis que s’il y avait une grève des aînés, on serait dans le trouble! La contribution de ces gens est incroyable: ils font énormément de bénévolat. En plus, 90% d’entre eux paient des taxes, consomment, voyagent, contribuent à la société, société qu’ils ont aidés à bâtir soit dit en passant», rappelle-t-elle.
Un autre tabou selon la toute nouvelle ministre, la sexualité : «Les aînés ont eux aussi une vie affective. On dirait que les gens pensent que la vie sexuelle est terminée après 60 ans. Les personnes âgées ont elles aussi besoin de considération, d’affection. Tous les êtres humains ont besoin d’être touchés», assure Mme Blais.
La tournée de la ministre la mènera à Sept-Îles, Chibougamau, Vaudreuil, Val-d'Or, Rouyn-Noranda, aux Îles-de-la-Madeleine, à Gaspé, Bonaventure, Rimouski, Brossard, St-Jérôme, Joliette, Laval, Alma, Chicoutimi, au Nunavik, à Québec, Sherbrooke, Matane, Rimouski, La Pocatière, Gatineau, Trois-Rivières, Drummondville: le tout en seulement neuf semaines!
La ministre entamera ensuite une période de réflexion avec ses co-chercheurs, Sheila Goldbloom, professeure agrégée retraitée des sciences sociales de l'Université McGill, et le Dr Réjean Hébert, doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, afin de livrer leurs conclusions à la fin décembre ou au plus tard début janvier: «Le but ce n'est pas de mettre le rapport sur une tablette. Je suis une femme de concret, je veux poser des actions directes. C'est pourquoi il va falloir vraiment cibler nos demandes pour qu’elles soient entérinées par ma collègue du Conseil du Trésor, Mme Jérôme Forget», expose Mme Blais.
Bien des sujets à discuter
La ministre s’attend à entendre parler des problématiques d’abus dans les CHSLD, ainsi que de toutes formes d’abus à l’encontre des aînés, de même que de la question des aidants naturels, mais elle tient à ne pas se faire d’idées préconçues: «Je ne suis pas certaine de ce que l'on va trouver, je pars à la rencontre de gens, je vais les écouter. Si je connaissais déjà les conclusions de notre rapport et toutes les actions à poser, je ferais mieux de rester dans mon bureau», illustre la ministre au franc-parler.
«C'est sûr que les abus des personnes âgées, c’est une question dramatique, quant on sait que 80% viennent de la part des proches de la victime. Il y a la question du suicide aussi dont on parle peu, comme si c'était moins pire parce qu'ils sont en fin de vie. Comme si cette période de l'existence n’avait pas de valeur», déplore Mme Blais.
La ministre avait déjà entrepris une sorte de mini tournée depuis sa nomination au Ministère de la Famille et des Aînés, en visitant tous les centres pour personnes âgées de sa circonscription : «Le Sud-ouest est un des secteurs qui compte le plus de personnes âgées. Certains centres font figure de premier de classe, comme l’ACHIM, où des aînés à faible revenu ont la chance de vivre dans de beaux espaces, bien aménagés, avec une nourriture saine, mais d’autres centres ont beaucoup de travail à faire et c’est aussi ça qu’il va falloir travailler», explique Mme Blais.
Résolument tournée vers l'écoute, avant de passer à l'action, Marguerite Blais tenait à faire une consultation, plutôt qu’une enquête: «Mario Dumont voulait une enquête pour trouver les coupables dans les histoires d’horreur des CHSLD. Comprenons nous bien, toute forme d’abus à l'encontre de quiconque, quel que soit son âge, est inacceptable, mais j’estime que les aînés méritent une consultation beaucoup plus large, car les enjeux les touchant ne se limitent pas qu’aux personnes en perte d’autonomie sévère traitées dans ces centres, qui ne représentent que 3% des personnes âgées, alors que 90% sont actifs et en santé», illustre la ministre.
«Les travailleurs dans les CHSLD sont des gens qui ont une vocation. J'ai vu leur travail et ce n’est pas de tout repos. La majorité, j’en suis intimement convaincue, font un travail extraordinaire et ils ont plutôt besoin d’une tape dans le dos. C’est sûr qu’on va en parler, on ne va pas passer à côté de la question, mais il ne sera pas uniquement question de ça justement», conclut la ministre, qui entend bien passer le temps des fêtes à préparer ses recommandations.