Interdiction de demander des frais pour l’achat de manuels scolaires, grammaires, dictionnaires, incitation à la réutilisation des fournitures de l’année précédente, la Commission scolaire de Montréal s'est dotée d’une politique d’encadrement des frais demandés aux parents. (photo Martin A. Chamberland)
Coûteuse rentrée
Les commissaires prônent la réutilisation des effets scolaires
En regard de l’importante dépense que représente la rentrée scolaire pour les familles à faible revenu, une politique d’encadrement des frais demandés aux parents a été adoptée en juin dernier par le Conseil des commissaires de la CSDM. Cette décision fait suite à une vaste consultation des parents, du personnel et d’organismes agissant avec les familles.
«La rentrée scolaire entraîne des coûts importants pour les parents et bon nombre d’entre eux voient arriver le début des classes avec inquiétude», illustre Daniel. Bélanger, commissaire du quartier scolaire Ville-Émard–Côte-Saint-Paul et membre du comité exécutif de la CSDM.
La politique d’encadrement des frais, qui comporte plusieurs volets, se concentre néanmoins sur le coût des effets scolaires: «Nous avons un objectif clair avec cette politique : réduire les coûts des effets demandés», explique Gérald Morel, commissaire du quartier scolaire Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe Saint-Charles. La politique met l’accent sur la modération, la réutilisation des effets scolaires, la qualité des effets scolaires et le soutien aux familles nombreuses ou en difficulté.
La modération a bien meilleur goût
«Le matériel demandé sera le matériel requis, sans plus et il sera interdit de demander des frais pour l’achat de manuels scolaires, grammaires, dictionnaires ou de balles de tennis», assure M. Morel.
Ce sont les membres des conseils d’établissements des écoles qui doivent approuver les listes de fournitures scolaires et, selon Daniel Bélanger, ils ont été grandement sensibilisés sur ce point. La nouvelle politique vise aussi la réutilisation du matériel scolaire encore en bon état, en cohérence avec le Plan vert de la CSDM.
Selon M. Morel, l’école et la Commission scolaire doivent soutenir un message positif face à la récupération: «C’est normal, correct et décent de réutiliser son cartable bleu encore en bon état plutôt que de le jeter et d’en acheter un nouveau. C’est le gaspillage qui est honteux. Pas la réutilisation!», illustre-t-il.
«Beaucoup de parents nous ont dit qu’il était difficile de ‘résister’ aux pressions de leurs jeunes pour acheter du neuf. Minimalement, comme école, notre rôle est de valoriser plutôt la réutilisation du matériel», indique M. Bélanger.
Les parents auront le choix des marques
«Lors de notre consultation, poursuit Daniel Bélanger, les parents nous ont clairement indiqué que les listes scolaires exigeant des marques précises étaient abusives. Notre politique interdit donc l’obligation d’exiger une marque précise, mais elle permet aux enseignants, à titre indicatif, de suggérer des articles qui sont, selon leur expérience, de bons achats.»
Avec ces informations en mains, les parents font ensuite leurs choix de prendre telle ou telle marque. Cette décision leur revient tout comme celle de pouvoir acheter ces effets là où ils le souhaitent.
«Ce pouvoir redonné aux parents est un des grands acquis de cette politique», soutient le commissaire Bélanger. «Et il est plus que symbolique. Il dit aux parents : c’est vous qui êtes les mieux placés pour connaître votre budget, prendre vos décisions, faire des choix; pas nous.»
Soutien aux familles nombreuses ou en difficulté
Le quatrième point de la politique relative aux effets scolaires concerne à la mise en place de mesures de soutien aux familles qui en ont besoin.
Cet objectif peut prendre différentes formes. Ainsi dans une école, suite à une résolution du conseil d’établissement adoptée en juin dernier, il a été décidé que pour les parents ayant trois enfants ou plus, l’école défrayera le coût des cahiers d’activités du 3e enfant et des suivants. Dans d’autres écoles, ce sera la création d’une sorte de fonds de solidarité pour soutenir financièrement certaines familles.
«Est-ce que cette politique donnera tous les résultats positifs attendus? Nous sommes confiants, mais nous savons aussi que nous n’y arriverons que si, dans chaque établissement scolaire de la CSDM, parents et équipe-école partagent ces grands objectifs et ont ce souci de viser les coûts les plus bas. Cette politique vise d’ailleurs à harmoniser les différentes pratiques qui avaient cours dans nos établissements», estime M. Morel.
Mentionnons au passage que la nouvelle politique d’encadrement des frais demandés aux parents comporte également des actions et des orientations similaires quant au coût des activités parascolaires, sorties, services de garde, et autres.
«Bien sûr, cette politique ne pourra pas, à elle seule, faire obstacle au formidable assaut de notre société de consommation qui cible directement nos jeunes, mais, en tant qu’institution d’enseignement qui accueille annuellement 70 000 jeunes du primaire et du secondaire, en provenance de familles avec des moyens variés, la CSDM se devait d’envoyer un message clair et cohérent», concluent les deux commissaires.