Identité menacée ?
Profitant du passage de la Commission
Bouchard-Taylor à Montréal, votre
hebdo prend position sur la question
dans la présente édition. Essentiellement,
le message du directeur des hebdos Serge
Lemieux est de dire que les grands
médias ont monté en épingle des cas
d’accommodements raisonnables sans
toujours vérifier les faits.
Vrai que nous avons assisté au cours de la
dernière année à un véritable concours
dans les journaux et à la télé pour le plus
gros titre ou encore pour l’image la plus
sensationnelle. Cette escalade nous a
donné des bijoux de manchettes comme
«Il est interdit de lapider les femmes !»
ou encore «Voter voilée sera interdit dans
Charlevoix». De grosses manchettes qui
font sourire plus qu’autre chose. Comme
si la lapidation était permise au Québec
et comme si les bureaux de scrutin se
remplissaient de femmes voilées les jours
d’élections dans Charlevoix.
Des titres qui font peut-être sourire, mais
dont les conséquences sont beaucoup
moins drôles. Tous les cas d’accommodements
(souvent tout à fait raisonnables)
relevés dans les médias ont eu pour effet
de créer une forme de paranoïa dans la
population. L’identité québécoise seraitelle
menacée ? Ça s’est mis à discuter fort
dans les chaumières québécoises !
Bien sûr, nos chers politiciens ont flairé
la bonne affaire.Mario Dumont fait de la
défense de l’identité québécoise un véritable
cheval de bataille. Pauline Marois
en a rajouté avec son projet de loi qui
empêcherait les nouveaux arrivants ne
maîtrisant pas le français de voter aux
élections.
Il y a également tous ces maires de
municipalités ou d’arrondissements qui
tiennent mordicus à conserver le crucifix
à l’Hôtel de ville ou au conseil d’arrondissement.
Toujours cette volonté de
préserver les valeurs et l’identité québécoises.
Alors, l’identité québécoise est-elle en
péril ? Tant qu’à moi, la réponse est
clairement non. Il n’y a point de péril en
la demeure. Et ce n’est surtout pas les
pratiques religieuses non catholiques qui
vont altérer notre identité. Échaudés par
le passé, les Québécois sont de toute
façon très méfiants envers tout ce qui
concerne les questions religieuses.
Ceci dit, j’admets que nos élus doivent se
montrer vigilents sur la question linguistique.
Le français perd du terrain à
Montréal, c’est un fait. Des employeurs
embauchent seulement des commis de
dépanneur bilingues, idem pour les
vendeurs de magasins grande surface, à
qui on demande de s’exprimer dans les
deux langues. Paradoxalement, il est
souvent difficile de se faire servir en
français dans certains coins de la ville.
Voilà un phénomène qui mériterait plus
d’attention que le débat sur la question
religieuse et les accommodements
raisonnables.