PARIS - Inaugurée avec faste en compagnie de figures du show-biz et des affaires le 6 mai au très chic Fouquet's, la "rupture" sarkoziste a fait long feu, rejetée par les Français. En quelques mois, l'affichage ostentatoire de la vie privée du nouveau président, de son goût pour le luxe et de ses amitiés choisies a fait place à une attitude bien plus classique, davantage empreinte de solennité et de gravité.
Décidé à ne pas changer malgré sa nouvelle fonction, Nicolas Sarkozy déclenche une première polémique dès le lendemain de son élection en passant 48 heures au large de Malte sur un yacht prêté par le riche homme d'affaires Vincent Bolloré. Son entrée à l'Elysée marque ensuite un changement de style complet, en rupture totale avec la discrétion qu'affectaient ses prédécesseurs.
Le nouveau chef de l'Etat prend la pose au milieu de sa famille recomposée, déclare qu'il trouve sa femme Cécilia "très belle", la gratifie parfois d'un baiser en public et se retrouve en couverture des magazines "people". Son langage est relâché, il porte avec décontraction le jean, oublie la cravate le week-end. De temps en temps, il traverse en courant la cour de l'Elysée en short et baskets, un de ses ministres sur ses talons. "C'est un choc culturel pour le personnel de l'Elysée", s'amuse alors le premier ministre.
Très vite, les larges lunettes de soleil du président et ses montres voyantes deviennent le symbole de l'arrivée en politique d'un nouveau terme: "bling-bling", jusque-là réservé aux rappeurs arborant de grosses chaînes en or et désormais ironiquement appliqué à Nicolas Sarkozy.
Bousculant les habitudes, le président a d'abord récolté quelques moqueries et critiques isolées. "Il nous a fait honte", s'était ainsi insurgé Alain Finkielkraut dès l'escapade maltaise, bien avant que l'opposition n'accuse Nicolas Sarkozy de "porter atteinte à la fonction". Pour Dominique Reynié, professeur en science politique, "Nicolas Sarkozy a tenté une rupture impossible" en tentant de modeler selon son désir une image présidentielle trop rigide, dans laquelle il a fini par devoir se couler. "Ca n'a jamais fonctionné", analyse-t-il. Pire, cette stratégie a privé durablement le président du poids politique qu'aurait dû lui conférer une posture plus distanciée et a "créé un doute presque indélébile" dans l'opinion.
Si la manie de Nicolas Sarkozy de consulter ses SMS en toute occasion, y compris devant le pape, avait surtout fait sourire, plusieurs incident ont en effet marqué durablement les esprits, dont le triplement de la rémunération du président et quelques dérapages verbaux relayés par internet. Après s'être énervé contre un pêcheur au Guilvinec, il lance à un visiteur peu aimable du Salon de l'agriculture un "casse-toi alors, pauv' con" à l'écho retentissant.
L'idylle de Nicolas Sarkozy - divorcé en octobre - avec l'ancien mannequin Carla Bruni marque un changement d'époque. La liaison est d'abord bruyamment officialisée lors d'une apparition à Disneyland et Nicolas Sarkozy va jusqu'à mettre en scène l'annonce de son mariage en pleine conférence de presse. Mais si les premières escapades du couple à l'étranger ont affolé les médias, cette surexposition semble déplaire aux Français, plus préoccupés par leur pouvoir d'achat. Alors que sa cote plonge dans les sondages, le président "bling-bling" décide au mois de mars une seconde rupture, celle de la "représidentialisation".
Depuis, Nicolas Sarkozy a multiplié les apparitions sérieuses et solennelles, évoquant la doctrine nucléaire, rendant hommage aux soldats de la Première Guerre mondiale et choisissant la sobriété en toute occasion, comme lors de sa dernière apparition télévisée. Sans parvenir toujours à se contenir tout à fait: à Londres, où le couple présidentiel étrennait sa nouvelle posture fin mars, "Nicolas et Carla" se sont tout de même prêtés à une séance de baisers sur la Tamise, pour la plus grande joie des photographes.
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