Pas de vacances à Hérouxville
Le maire Drapeau répétait sans cesse qu’Expo 67 et les Jeux Olympiques avaient mis Montréal sur la carte du monde. C’est vrai qu’on connaît mieux Montréal depuis la tenue de ces deux grands événements internationaux. C’est comme Hérouxville que le quotidien français Libération décrit avec une certaine condescendance comme un «bled». En fait, c’est un village, dont il faut l’avouer, peu de gens soupçonnaient l’existence avant qu’il ne proclame son code de vie.
Si la popularité d’Hérouxville se mesurerait au nombre de courriels reçus en quelques jours des quatre coins du monde, il faut croire que ce hameau situé au pays de Jean Chrétien, a suscité de l’intérêt avec son code de vie. Qu’on soit d’accord ou non avec ce texte naïf et surtout très maladroit (on y fait référence à la lapidation et à l’excision des femmes), le simple fait d’avoir osé fixer le seuil de tolérance des Hérouxvilliens sur les accomodements raisonnables a fait des vagues dans un monde où la norme est précisément de ne pas faire de vagues.
Moi, un code de vie, ça me rappelle les colonies de vacances où les règles étaient inscrites en noir sur blanc à l’entrée du site. L’animateur en chef accueillait les jeunes vacanciers dans le réfectoire ou la salle de jeux le dimanche soir pour leur expliquer ce qu’il fallait ou ne fallait pas faire. Timides, les collégiens baissaient les yeux en guise d’approbation.
Pourquoi un tel code a vu le jour à Hérouxville plutôt qu’à Ste-Sabine-Station ou à Cloridorme ?
Je soupçonne les gens d’Hérouxville de vouloir se faire de la publicité pour attirer des visiteurs. Après tout, le village est voisin du superbe Lac-à-la-Tortue, un autre site hélas peu connu des citadins que nous sommes. À quand un hôtel cinq étoiles et un casino à Hérouxville ? C’est vrai qu’avec un casino, il faudrait refaire le code de vie d’Hérouxville pour éloigner les joueurs compulsifs...
Paradoxalement, l’idée d’un code de vie a germé dans un coin de pays qui ne compte pratiquement aucun immigrant. Hérouxville aura au moins eu le mérite d’ouvrir un débat que le gouvernement du Québec ne pouvait passer sous silence d’où la création d’une commission d’enquête réunissant l’éminent philosophe Charles Taylor et l’historien Gérard Bouchard.
Trente ans de multiculturalisme érigé en dogme au Canada ont eu pour effet de renforcer l’illusion pour un immigrant qu’on pouvait s’installer n’importe où dans ce pays et continuer à vivre comme sur une île, dans son pays natal sans contact avec la majorité.
Le multiculturalisme a suscité un communautarisme tellement puissant que des groupes de pression réunissant des immigrants de telle ou telle origine interviennent systématiquement pour orienter la politique étrangère du Canada chaque fois qu’un événement met sur la sellette leur pays d’origine. C’est un peu comme si les conflits à l’étranger proliféraient chez nous. On l’a vu à l’Université Concordia lorsque des étudiants d’origine palestinienne en sont venus aux coups avec des étudiants d’origine juive à propos de la visite d’un ancien premier ministre israélien.
Décidément, la mondialisation ne tolère pas la neutralité bienveillante qui permet des
discussions franches et cordiales de nos différences.