La corde
Harper : un petit pas vers la pendaison
Ça fait des années que Stephen Harper se fait accuser de vouloir secrètement restaurer la peine de mort au Canada.
Harper nie catégoriquement. Il répète qu’il n’aucune intention de réouvrir le débat sur la peine de mort.
Voici qu’on a trouvé une preuve, c’est à dire, une bribe de preuve. Juste assez pour se demander jusqu’où Harper est prêt à aller.
L’autre jour Harper a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, annoncer à la Chambre des Communes la nouvelle politique des Conservateurs sur la peine de mort.
Cannon était catégorique : Dorénavant la peine de mort est acceptable pour les Canadiens condamnés dans des pays démocratiques qui ont un système de justice qui s’appuie sur la primauté du droit.
C’est clair, hein?
Environ la moitié des 201 pays du monde, y compris le Canada rencontrent ces normes.
Donc, plus question pour le Canada de continuer à demander la clémence pour les Canadiens condamnés à la mort dans un pays étranger qui rencontre ces normes.
Harper a-t-il fait ça pour plaire à sa base « red-neck » de l’Alberta profond, ceux qui rêvent toujours au retour de la corde raide pour régler les problèmes pressants?
Avec des élections qui pourraient arriver aussi tôt que cet automne, c’est le temps de sécuriser ce vote. Durant la campagne électorale se sera trop tard.
Lorsqu’ils ont décidé de leur nouvelle politique Harper et Cannon pensaient sans doute à Ronald Allen Smith un Canadien condamné il y a 26 ans au Montana pour les meurtres de deux autochtones.
Smith est toujours dans le couloir de la mort au Montana et attend son injection. Harper refuse d’intervenir pour l’aider en dépit d’une ordonnance de la cour fédérale.
Mais Harper et Cannon semblent avoir oublié deux autres Canadiens dont le jeune Mohammed Kohail de Montréal qui attend la décapitation en Arabie saoudite à la suite d’une escarmouche dans une cour d’école à Djedda. Cette chicane d’écoliers a coûté la vie à un confrère de classe, et a valu une condamnation à Kohail.
Un deuxième Canadien en Chine attend la mort par peloton d’exécution pour avoir dit des choses que le gouvernement chinois n’aimait pas, un crime grave en Chine, qui exécute 1 100 personnes par année.
Cannon avait de la misère à expliquer la nouvelle politique à la Chambre des Communes. Elle ne se tenait pas debout.
Imaginons Cannon, dans un des pays visés, annonçant qu’il est venu demander la clémence pour un Canadien parce que leur pays n’est pas démocratique ou ne respecte pas la primauté du droit.
Quelles sont ses chances de réussir? Minces.
Le roi Saud de l’Arabie Saoudite, se croit un grand démocrate qui respecte la loi, du moins la loi du Sharia, et n’a pas besoin de Lawrence Cannon pour lui faire la leçon. Il a l’argument du pétrole, qui reste toujours un argument de poids.
Et si seuls les pays démocratiques respectant la loi ont le droit d’exécuter des Canadiens, que faire du Canada? Qu’est-ce qu’on attend pour faire de même?
D’où provient cette politique idiote?
Il y a toujours une chance qu’une fois la période estivale des barbecues finie, Harper revienne à Ottawa et change d’idée en disant que ce sont ses adversaires politiques qui ont mal compris et que sa politique n’avait jamais changé.
Espérons qu’entre temps on ne perdra pas trop de Canadiens aux mains des dictatures qui seraient bien trop prêtes à faire la leçon à Harper.
seronsostris
Commentaire mis en ligne le 26 juin 2009comme il est prouvé maintenant qu'il y a eu plus d'innocent condamné que de criminel libéré, surtout aux états où le $ fait la différence entre être libéré ou être condamné, surprenant de lire encore qu'il y a débat. en fait si tous ceux qui sont pour la peine de mort se faisaient faussement accusés (comme cela est la règle aux états) la question serait vite réglée!