Fiat et Chrysler
Le jour J approche pour Chrysler
Benoit Charette
C’est le 1er mai que Chrysler doit présenter le plan de relance de la dernière chance. À lire les plus récents développements, les chances de réussite sont de plus en plus minces. La condition essentielle à cette restructuration passe par une entente avec le constructeur automobile Italien Fiat. Selon son président, un italo-canadien, Sergio Marchionne, les chances de voir une entente être ratifiée sont de 50/50, si les syndicats n'acceptent pas des réductions du coût du travail. Le cas échéant, Fiat abandonnera tout projet de rapprochement. Dans un entretien au quotidien "Globe and Mail", le patron du constructeur italien a estimé que son groupe "ne pouvait pas s'engager dans le rachat de Chrysler, s'il ne voyait pas de lumière au bout du tunnel". De toute évidence, on ne la voit pas en ce moment.
À moins de deux semaines du jour J, les négociations entre les syndicats de Chrysler et Fiat sont au point mort et les gens de Fiat commencent visiblement à s'impatienter. Je ne sais pas pour vous, mais je me demande sérieusement ce qui se passe dans les têtes des syndiqués de l’automobile qui ont la corde autour du cou et qui s’obstinent toujours à rester camper sur leurs positions. Je pèse mes mots en affirmant qu’ils ne méritent pas mieux. Si ces gens sont trop idiots pour comprendre la situation de l’économie automobile en Amérique du Nord, ils ne méritent pas mieux que la faillite qui leur pend au bout du nez. Si jamais les deux parties finissaient pas s’entendre, Sergio Marchionne n'a pas exclu de prendre les rênes de la nouvelle entité en partageant son temps entre Fiat et Chrysler. Il a même confirmé avoir déjà acheté un pied-à-terre dans le Michigan.
Pour l'instant, il est prévu que Fiat prenne 20% de Chrysler avant d’augmenter progressivement sa participation dans son capital sans débourser un sous, mais en lui fournissant ses plates-formes; une économie de huit à dix milliards de dollars US pour Chrysler. Si l'accord est conclu, Chrysler pourrait alors bénéficier de 6 milliards de dollars d'aides supplémentaires de la part du gouvernement américain.
Une culture d’entreprise détruite
Peu importe ce qu’il adviendra de Chrysler, le mariage forcé avec Daimler aura signé l ‘arrêt de mort de la compagnie américaine. Tous ceux qui se rappellent de la renaissance de Chrysler sous Lee Iacocca savent qu’avec la mise en marché de la fourgonnette et l’arrivée des fameuses plateformes K, la compagnie se sorti de la faillite en un an à peine. Le gouvernement avait prêté un milliard de dollars à Chrysler pour se refaire une santé et Iacocca a relevé le défi avec brio. Il a aussi laissé à ses successeurs, Bob Eaton et Bob Lutz, une nouvelle culture d’entreprise fortement inspirée du modèle Toyota. Le développement des produits devient prioritaire avec la création du Chrysler Center, au coût d’un milliard de dollars, qui rassemblait sous un même toit toutes les parties prenantes de la fabrication d’un véhicule. Un directeur général fut nommé pour diriger ces équipes de travail, à l’image de l’ingénieur en chef de produits chez Toyota. Le brillant concepteur français, François Castaing, allait devenir le moteur du nouveau design de la compagnie avec en tête les fameuses voitures de la série LH qui ont connu beaucoup de succès. On reprend une philosophie très Japonaise de créer une plateforme et des moteurs communs à tous les modèles. Chaque nouveau directeur général capitalise sur les acquis de son prédécesseur et Chrysler devient en quelques années, la compagnie automobile la plus rentable du globe. Toyota commençait à être inquiet. Jusqu’alors, aucune entreprise automobile américaine ne s’était montrée capable de développer une culture capable de rivaliser avec la sienne. Mais Chrysler semblait sur la bonne voie. En 1998, Chrysler fut rachetée par Daimler. Ce qui devait être un partenariat entre égaux se révéla être un rachat pur et simple. Daimler a jeté par la fenêtre tout ce que Chrysler avait entrepris en ternes de restructurations, se débarrassant au passage de tous les responsables de la nouvelle approche prometteuse de Chrysler. Cette destruction de la philosophie Chrysler a créé une onde de choc que personne n’a pu surmonter. Plus de huit ans d’efforts à tenter de réconcilier l’irréconciliable. Daimler a procédé à une politique drastique de coupures des coûts, sans grands résultats. En bout de piste, Daimler s’est retirée en laissant un cadavre à la rue.
Je serais surpris que Chrysler puisse se sortir de l’mpasse une deuxième fois, surtout avec l’aide d’un partenaire aussi pauvre que lui et des travailleurs syndiqués qui vivent sur une autre planète. Mais, il faut se consoler, même Toyota ne résiste pas à cette crise. La plus grande compagnie auto de la planète tablerait sur un déficit de 500 milliards de yens (6 milliards de dollars) au terme de l'exercice entamé le 1er avril et qui prendra fin le 31 mars 2010. Il s'agirait alors de la deuxième perte d'exploitation de suite pour le groupe japonais, une grande première. Toyota devrait en effet publier la semaine prochaine une perte d'exploitation de l'ordre de 450 milliards de yens pour 2008-09.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à MIDI sur les ondes du 98,5 FM de Montréal ou via internet au www.985fm.ca