Kevin Page
Un caillou dans le soulier de Harper
Stephen Harper croyait avoir trouvé un bon petit chien de poche qui ferait tout ce qu’il lui demanderait lorsqu’il a nommé Kevin Page comme directeur parlementaire du budget il y a un an.
Bien que diplômé en économie, Harper n’a jamais été trop à l’aise de discuter de questions de budget. Sa thèse à l’Université de Calgary portait sur le pétrole, pas sur les budgets et les questions fiscales.
Harper est bien plus à l’aise de parler de criminalité, d’incarcération et d’armes à feux, des sujets qui le passionnent.
Lorsque l’économie roulait tout allait bien entre Harper et Page. Puis, subitement l’automne dernier, la crise économique américaine nous a frappé de plein fouet.
Harper a eu peur que cette crise l’empêche de gagner ses élections et il a commencé à improviser ses déclarations.
Page, lui, a pris son travail au sérieux, continuant de donner l’heure juste, même si ça pouvait faire peur aux Canadiens.
Le rôle d’un officier parlementaire du budget est d’informer les parlementaires et le public de la situation économique au pays, bon temps, mauvais temps, peu importe les conséquences politiques.
Dès son premier rapport, Page a contredit Harper qui chiffrait les dépenses militaires en Afghanistan à 11 $ milliards. C’est plutôt 18,1 $ milliards, répondit Page.
Un premier ministre n’aime pas se faire reprendre devant tout le monde, Harper encore moins. Sauf qu’il semble que Page ait eu raison et que c’est Harper qui rêvait en couleurs.
L’automne dernier Harper se promenait en disant partout :
« Nous aurons un surplus budgétaire. »
« Non, nous aurons un déficit budgétaire » a répondu Page avant même que ``Sunny Jim`` Flaherty produise son énoncé économique qui s’est avéré totalement bidon à son grand déplaisir.
« Il n’y aura pas de récession durant l’hiver » a clamé Harper.
« Bien sûr qu’il y aura une récession » a dit Page.
« Ça sera une petite récession, et le Canada sera un des premiers pays à en sortir » a donc ajouté Harper devant un auditoire de gens d’affaires à Toronto.
Vingt-quatre heures plus tard Page répliquait. « Non, ça sera une grosse récession et nous ne serons pas un des premiers à s’en sortir (statistiques sur le Produit Intérieur Brut – PIB à l’appui)». Il a même pris la peine d’envoyer une note au premier ministre à cet effet.
Chaque fois que Page corrigeait le premier ministre il semblait avoir raison. Il chaque fois que Harper s’ouvrait la bouche il semblait avoir tort. Le dernier budget de Harper prévoyait un déficit de 71 $ milliards sur deux ans. Page a réexaminé les chiffres du gouvernement et prédit un déficit de 38 $ milliards cette année et de 35 $ milliards l’année prochaine.
Les Conservateurs en ont assez de ce trouble-fête qu’est Page. Ils détestent faire rire d’eux. Chaque fois que Page se prononce, il a raison et il mine leur crédibilité.
Harper passe pour toujours dans les patates, qui paraît mal, surtout en pleine crise économique.
Les Conservateurs lui ont refusé une augmentation de 1 $ million à sur son modeste budget de recherche, espérant qu’en lui serrant la vis, ils pourront le dompter.
Cette semaine les Conservateurs ont traîné Page devant un comité parlementaire pour l’humilier.
« Pourquoi n’avez vous pas présenter des choses positives? » a demandé le député Conservateur Mike Wallace.
Page a répondu que dernièrement, les ventes au détail, sont plus encourageantes, mais que dans l’ensemble les choses se présentent plutôt mal.
Il ne reste qu’à congédier Page. Pour ça Harper doit avoir le consentement de la Chambre des communes, chose qu’il n’a pas.
Donc Harper et les Conservateurs resteront pris avec leur caillou.
Paul LaFrance
Commentaire mis en ligne le 30 mars 2009Harper a quand même un peu raison de ne pas aimer Page. Ce dernier pourrait au moins nuancer ses propos lorsqu'il commente les déclarations du P.M. Il ne pêche pas par excès de diplomatie. Le premier ministre se doit de prononcer des paroles d'encouragement aux Canadiens, mais il devrait s'abstenir de lancer des chifres inexacts à la popuation.