James Moore
Une farce parlementaire en trois actes
Une pièce de théâtre s’est jouée sur le parquet de la Chambre des communes cette semaine, mettant en vedette le dindon de la farce, le ministre du Patrimoine, James Moore.
La production était signée Stephen Harper, qui, posté derrière le rideau, en tirait toutes les ficelles.
Premier acte : Le rideau s’ouvre sur un personnage bien habillé, James Flaherty, ministre de finances, qui se présente avec son budget en main.
Dans le cadre de cet exercice, Jim Flaherty propose un «Prix du Canada» de la culture offert «aux meilleurs nouveaux artistes du monde entier. » Les Conservateurs voient grand. («Think Big!» Comme disait un certain Preston Manning).
Surtout avec l’argent des autres.
Le Prix est assorti d’une cagnotte de 25 millions de dollars destinés en grande partie à des artistes de l’étranger. Tout ça alors que nos artistes canadiens rêvent de se produire ailleurs dans le monde, si seulement ils en avaient l’argent ou les subventions.
Arrive le fou du roi, James Moore pour expliquer que ce Prix du Canada – sera le plus grand prix culturel au monde. Une sorte de « Prix Nobel de la culture. »
Elvis Gratton aurait dit « Ça nous mettra s’a mappe. »
Le prix toucherait une gamme de disciplines artistiques – la musique, la danse, les arts dramatiques. Tout le monde aurait sa chance, même les Canadiens, a expliqué Moore.
L’idée est de deux gars de Toronto, David Pecaut et Tony Gagliano organisateurs du Festival Luminato, un grand succès à Toronto.
Pensez-y. Un Prix du Canada. Plus populaire que « mes » montagnes rocheuses. Des touristes par milliers à Toronto. Le monde entier à nos portes. Les édiles politiques admiratifs devant Stephen Harper, qui s’occupe enfin de Toronto! Bye-Bye Montréal.
Prenez-ça gens de Montréal avec votre misérable petit festival à la Rozon, votre Grand Prix qui s’est volatilisé et votre «Montréal en lumières» que personne ne connaît à l’ouest de Vaudreuil. Toronto sera enfin “world class.”
En aparté : Semble-t-il que les organisateurs avaient consulté tous les plus grands acteurs culturels au Canada, les Grands Ballets Canadiens, le Cirque du Soleil, les Ballets Jazz de Montréal, l’École Nationale du Cirque, le Musée d’art Contemporain, l’École Nationale de théâtre, le Théâtre de Stratford, Faux. Pécaut a bien fait quelques coups de fil mais personne ne s’était engagé officiellement dans l’aventure. Fin de l’aparté.
Pendant ce temps, les artistes, à qui Stephen Harper a coupé 44,5 millions en subventions l’été dernier, commencent à rouspéter. Même ceux de Toronto sont mécontents car comme les Québécois; ils veulent se produire en Europe.
Deuxième acte : Pécaut, foncièrement un bon gars qui s’est laissé emporter par son rêve, doit s’excuser publiquement alors que James Moore, doit expliquer pourquoi ce plan « botché » se retrouve dans le budget. La honte.
Gilles Duceppe et son Bloc Québécois y voient un complot pour favoriser Toronto au dépend de Montréal. Comme d’habitude.
Mais un dénouement approche. Moore commence à prendre ses distances de l’affaire en expliquant qu’il ne s’agit que d’une proposition. On veut bien, mais que fait cette proposition dans le budget du Gouvernement du Canada et pourquoi Harper s’en vante-t-il partout?
« Eu, ah, umm, » répond Moore. « C’est une proposition de deux gars qui ne sont pas notre politique (sic.) »
Enfin, on découvre le fond de l’affaire. C’était un scénario monté par Stephen Harper qui avait l’intention de remettre le premier Grand Prix du Canada personnellement au gagnant lors des Jeux Olympiques 2010 à Vancouver devant une foule en délire de 100 000 spectateurs dans le stade et de dizaines de millions d’autres devant leurs téléviseurs dans le monde entier. La plus importante foule à regarder un premier ministre canadien dans l’histoire du Canada. Prend-ça Pierre Trudeau.
Troisième acte : Les plans à l’eau, le malheureux James Moore est contraint d’annoncer qu’il faudra regarder le dossier de plus prêt avant d’aller de l’avant avec le Prix du Canada.
À Ottawa, cela veut dire que l’affaire est morte.
RIDEAU
(et ricanements dans l’Opposition)