Une femme s’exprime au forum anglais à la commission Bouchard-Taylor. Photo Éric Carrière
Les anglophones se font entendre à Bouchard-Taylor
Un enseignant retraité réclame l’accès à l’école anglaise pour tous
La salle 510 du Palais des congrès était à guichet fermés jeudi soir dernier. Il s’agissait du seul forum tenu en anglais depuis le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor qui a amorcé sa tournée provinciale en septembre.
Près de 200 personnes de différentes avenues, cultures et langues ont participé à la session. Ils ont fait leurs recommandations et exprimé leurs opinions face aux accommodements raisonnables. Comme lors des forums en français tenus plus tôt, les énoncés tournaient autour d’un certain nombre de thèmes familiers comme le racisme, le chômage, la validité de la commission elle-même et la langue.
«Nous nous demandons pourquoi les présentations en anglais ne sont pas traduites en français», a demandé Sophie Beaupré, du Mouvement Montréal français (MMF). S’exprimant en français, elle ajoute que l’absence de traduction rend les propos exprimés inaccessibles à un large pan de la population francophone.
Paolo Zambito, aussi du MMF, a dit aux coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor que les immigrants auront toujours de la difficulté à s’intégrer dans un Québec «institutionnellement bilingue». «Comment pouvons-nous aider les nouveaux arrivants à s’intégrer à la population du Québec s’il n’y a pas de langue commune?», demande-t-il.
Quelques oppositions nuancées aux déclarations des membres du MMF sont venues de deux personnes plus tard en soirée.
«Je suis très heureux d’être capable de parler anglais», mentionne Gilles Babin, un francophone originaire de Baie-Comeau. «Je crois que je suis un privilégié au Québec.»
Diane Leclerc, qui se décrit comme une Québécoise et «l’une des chanceuses qui a appris l’anglais», ajoute que de rendre le Québec unilingue pourrait restreindre les services aux anglophones et allophones et créer un climat d’accueil hostile.
L’école anglaise pour tous
Le micro ambulant ne s’est pas rendu jusqu’à M. Chris Eustace, de l’Ouest de l’île avant la fin de la soirée. L’enseignant à la retraite a toutefois soumis une lettre à la commission réclamant un meilleur accès à l’école anglaise pour tous.
«On parle d’éducation. On parle des droits des anglophones. On parle d’accommoder les enfants», a martelé M. Eustace, faisant référence à la loi 104 qui, soutient-il, restreint l’accès à l’école anglaise au Québec aux citoyens canadiens de langue anglaise. La semaine dernière, l’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec a annoncé la création d’un fonds de défense de 20 000$ à l’intention des parents désireux de contester la loi 104 devant les tribunaux dans l’espoir d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Il s’agit d’une initiative du Syndicat des enseignants Laurier.
«Il y a ici un enjeu très important. Ce que nous faisons pour l’éducation est de retenir possiblement les immigrants de qualité qui ne pourraient contribuer au développement de la province à cause de ces lois restrictives.»
Plusieurs personnes ont tourné la tête quand une femme, assise à l’arrière de la rangée centrale, s’est mise à parler en dialecte iroquoien avant de poursuivre en anglais, à la demande des modérateurs du forum.
«Nous ne sommes pas très heureux de ce que vous, immigrants, nous avez fait», a-t-elle déclaré, ajoutant que 150 millions de personnes de son peuple ont été assassinées. «Tant que nous serons ici, ce seront nos terres. Vous êtes tous des squatters.»
Harvey Goldman a mentionné à la Commission qu’il n’était pas très fier quand il a vu un reportage à la télé américaine mentionnant le retrait du lard de la soupe au pois pour accommoder les autres religions au Québec.
«Ce que je voudrais voir, c’est nous en train d’exprimer à quel point notre coin de pays est merveilleux», dit-il. «Certaines des suggestions énoncées durant cette commission sont venues du cœur, d’autres d’une partie du corps que je m’abstiendrai de nommer ici.»
La présence policière était aussi plus imposante après qu’un groupe de protestataires qui a tenté de paralyser le forum français du mardi ne revienne dénoncer ce qu’ils appellent une commission «raciste, xénophobe et sexiste».
Les protestataires ont quitté après que la police leur ait bloqué l’accès à la salle. D’autres part, de musclés responsables de la sécurité, sans uniforme, ont escorté un homme à l’extérieur de la salle quand il s’est mis à crier et à condamner la commission.
La Montréalaise Elisabeth Champion Speyer a reçu des applaudissements nourris quand elle a cité le philosophe français Voltaire : «pensez pour vous-mêmes et laissez aux autres le privilège de faire de même.» (Traduit par Hugo Lemay)