Diane De Courcy, présidente de la Commission scolaire de Montréal, répond aux questions des journalistes après la présentation du mémoire de la CSDMdevant la Commission Bouchard-Taylor. (Photo: Geneviève Allard)
L’importance de la réciprocité dans les accommodements
La Commission scolaire de Montréal présente un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor
Geneviève Allard - Diane De Courcy, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), flanquée de Micheline Pothier, directrice-générale, s’est présenté devant les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor mardi matin. La commission scolaire a émis 13 recommandations. Les lieux de prière, le port de symboles religieux et les congés supplémentaires des membres du personnel reliés aux pratiques religieuses sont particulièrement importants pour mesdames De Courcy et Pothier.
«Il s’agit des trois seules préoccupations pour lesquelles nous demandons au gouvernement de légiférer», signifie la présidente de la CSDM, ajoutant au passage que ce n’est pas à une commission scolaire de clarifier nos messages de société.
Mme De Courcy a aussi mis l’accent sur l’importance de la réciprocité dans les accommodements. Par exemple, en réponse à des demandes de nourriture halal dans les cafétérias des écoles de la CSDM, des repas végétariens sont servis, plutôt que de se plier à des réclamations religieuses. Même constat pour les cours d’éducation physique. La CSDM permet le port d’un maillot de bain jugé conforme par la religion, mais refuse l’exemption aux cours de sport.
La CSDM juge que l’institution scolaire est laïque et que les permissions d’aménager des lieux de prière ne sont pas appropriées. De plus, le port d'un symbole religieux pouvant empêcher d’identifier un individu devrait être refusé. «L’identification des personnes est primordiale en éducation», juge Mme De Courcy. Ainsi, le voile n’est pas proscrit, mais le niqab ou la burka posent problème. Quant au port du kirpan, elle le compare à un crucifix qu’on porte au cou.
En ce qui a trait aux congés supplémentaires pour des motifs religieux, il fut un temps où la pratique était courante, mais les congés étaient repris de diverses façons. À l’initiative des tribunaux, il appert qu’il n’est plus possible d’avoir recours à ce type d’accommodement. «La CSDM doit donc payer des congés religieux […] Nous demandons que les choses soient clarifiées», a dit Diane De Courcy.
Pour étayer ses propos, la CSDM s’est appuyée sur une étude réalisée en juin dernier. Selon cette étude, les demandes à caractère religieux ont été majoritairement acceptées avec ou sans négociation, et aucune demande refusée n’a fait l’objet d’une plainte.
Sur un total de 853 demandes dans près de 150 écoles (sur les 216 établissements faisant partie de la CSDM), 267 ont été acceptées et 126 refusées à la suite de négociations. Le sujet qui aurait fait l’objet du plus grand nombre de demandes a trait à la participation d’un élève à une fête thématique, le plus souvent à la fête d’Halloween. « Prenons par exemple, les enfants Témoins de Jéhovah», a souligné Mme De Courcy après la présentation du mémoire. Le deuxième sujet en importance est le refus d’un élève de participer à une sortie éducative, surtout celle où il doit passer une ou plusieurs nuits à l’extérieur de la maison familiale.
En réponse au mémoire présenté hier par le Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal qui disait avoir bien des problèmes à gérer les problèmes d’accommodements raisonnables, notamment depuis que la Cour suprême a autorisé le port du kirpan dans une école de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Mme De Courcy a qualifié la réalité à la CSDM de «différente».
La langue française
Après la présentation, Gérard Bouchard a notamment tenu à en savoir un peu plus sur la problématique du français dans les corridors et les cours d’école de la CSDM. «Le rapport entre les parents [immigrants] et l’école est compliqué puisque plusieurs d’entre eux ne parlent pas le français», a ajouté Mme De Courcy.
La commission scolaire demande entre autres du soutien sur des initiatives déjà mises en place. Par exemple, les écoles tentent d’être plus ouvertes aux parents, pour qu’ils comprennent les fonctionnements de l’école, pendant que leurs enfants apprennent.
Enfin, la CSDM juge que le sentiment d’appartenance est une clé vers le succès. «Toutes nos actions sont orientées vers le soutien de l’école communautaire, pour rapprocher les organismes et la communauté à l’école», a conclu la présidente de la CSDM, soulignant du même coup l’importance des activités parascolaires.
Selon la CSDM, 106 000 élèves immigrants sont accueillis au sein de ses écoles. 23% des élèves du primaire et du secondaire sont nés hors Québec et proviennent de 193 pays où sont pratiqués des religions et des cultes divers. Ces enfants parlent plus de 151 langues, tandis qu'à peine plus de 50 % d'entre eux ont le français comme langue maternelle. Près de 14 470 employés parmi lesquels un peu plus de 2 000 appartiennent à une minorité visible ou une minorité ethnique travaillent à la Commission scolaire de Montréal.
(Photo: Geneviève Allard)