Honnis, méprisés par la classe bourgeoise de l’époque, les escaliers extérieurs apparaissent à la fin du XIXe siècle. Sur la photo, les jolies marches de la rue Laporte.
Coquettes marches montréalaises
Les plus beaux escaliers extérieurs du Sud-Ouest recensés dans un livre
En colimaçon, courbés ou simplement droits, les escaliers donnent à nos rues un cachet unique qui attise la curiosité des touristes. Photographe chevronné, Philipe Brunet a croqué, pour une deuxième fois en 10 ans, les plus beaux escaliers de la ville de Montréal dans son recueil Les Escaliers de Montréal, d’un quartier à l’autre, ouvrage agrémenté des magnifiques textes de Jean O’Neill.
Un chapitre entier du livre est consacré au Sud-Ouest et présente de superbes clichés des rues Rielle, Rushbrooke, Coursol, Laporte, du Couvent, et Georges-Vanier.
Honnis, méprisés par la classe bourgeoise de l’époque, dont sont issus les historiens, il existe peu de documents officiels pour retracer l’histoire entourant l’apparition des escaliers extérieurs, qui caractérisent si bien Montréal.
Les bourgeois de l’époque n’habitaient que des maisons unifamiliales et n’avaient que du mépris pour ces constructions contenant deux ou trois maisons unifamiliales en un seul bâtiment.
Horreur et damnation!
«On imagine mal, aujourd’hui, l’horreur que suscita la construction soudaine et massive des maisons avec escaliers extérieurs aux confins des quartiers résidentiels de 1860, tous habitués à la résidence unifamiliale, aussi extravagante ou modeste qu'elle soit, et plantés directement sur le trottoir», raconte M. O’Neill dans Les Escaliers de Montréal, d’un quartier à l’autre.
Oeuvres des promoteurs domiciliaires de l'époque, indifférents aux considérations esthétiques, ces maisons multifamiliales aux escaliers extérieurs ont d'abord été conçues pour répondre à la nécessité de loger tous les nouveaux venus, conséquence directe de l'exode rural.
Les historiens de l’époque étant généralement des bourgeois, ils ne se sont guère attardés à ce sujet trivial, et quand ils se sont mis à en parler, ils n’avaient rien d'aimable à raconter sur l'habitat de leurs voisins prolétaires : «La perspective de ces rues à escaliers protubérants était un peu effarante. On eût dit que les maisons demeuraient continuellement en construction et qu’il fallait y pénétrer par des échelles provisoires», lance un bourgeois de l’époque.
Le quotidien Le Devoir ainsi que La Revue populaire publient des séries d'articles pour porter les escaliers extérieurs au ridicule. On ira jusqu’à en interdire leur construction dans un règlement municipal datant de 1940 et ô combien de fois modifié depuis.
Pierre-Philippe Brunet a réalisé plusieurs beaux livres, dont la première édition du livre Les escaliers de Montréal (1998), L’Île Sainte-Hélène (2001), Les Couronnements de Montréal et Vues du fleuve (2006).