Afghanistan: mission impossible?
L’Afghanistan, à peine sorti du moyen-âge, est un des pays les plus pauvres de la planète. Constitué de plusieurs ethnies, l’Afghanistan compte un grand nombre de chefs de tribus ou de clans, dont certains contrôlent le trafic du pavot que des paysans cultivent, comme seule source de revenus.
Comme l’Éthiopie en Afrique, l’Afghanistan en Asie figure parmi les quelques pays qui n’ont jamais vraiment été inféodés à un empire colonial européen, à l’exception de courtes
périodes. Lieu de passage entre l’Asie centrale (les anciennes républiques soviétiques) et le sous-continent indien, l’Afghanistan a toujours été convoité par les grandes puissances.
Au 19e siècle, les troupes coloniales
britanniques ont tenté sans succès d’annexer l’Afghanistan. Les Britanniques qui contrôlaient le vaste empire des Indes, ont brièvement occupé Kaboul pour ensuite battre en retraite et se faire massacrer, alors qu’ils
tentaient de retourner en Inde.
Un siècle plus tard, la puissante armée
soviétique tentait également d’occuper l’Afghanistan, mais a dû quitter ce pays en
catimini, laissant le régime communiste, mis en place par le président Nadjibullah, s’effondrer comme un château de cartes.
Le portrait est plutôt sombre, ce qui nous amène à parler de la mission canadienne dans ce pays. Remettre en question cette mission en considérant qu’on ne connaît pas ce pays éloigné, et qu’on ne voit pas l’utilité d’intervenir ainsi à l’autre bout du monde, c’est réveiller les vieux démons de l’isolationnisme. L’isolation-nisme n’est pas une politique, mais l’absence de politique dans un monde où les interrelations sont fortes.
Si erreur il y a dans cet engagement, la faute n’est pas au gouvernement Harper mais à ses prédécesseurs. C’est en effet sous Paul Martin que la décision de participer activement à
l’intervention militaire dans le sud de
l’Afgha-nistan a été prise. La mission était placée sous l’égide des Nations Unies et la
coordination de l’OTAN, ce qui lui donnait plus de légitimité. La décision canadienne est d’ailleurs venue soulager les Américains qui en ont plein les bras en Iraq.
Ceci dit, maintenant que le doigt est dans
l’engrenage, il serait malhabile de la part du Canada de plier bagages sans préavis, n’en déplaise à Jack Layton du NPD. Pour les Talibans, le départ précipité du Canada
constituerait une victoire morale importante dont les conséquences seraient particulièrement pénibles pour nos alliés présents en Afghanistan, et pour la population locale de ce pays, qui profite de réalisations humanitaires indispensables (construction d’hôpitaux,
d’écoles etc.).
À toute fin pratique, une seule possibilité s’offre au Canada, celle de fixer une date butoir, en 2009 par exemple, au nom de la rotation des troupes engagées au combat. Entre temps il est vrai que des militaires canadiens risquent leur vie sur le territoire afghan; le 22e régiment compte déjà trois victimes parmi ses effectifs, aussi nous ne pouvons qu’exprimer notre solidarité et notre encouragement aux familles de ces soldats. Il faut malgré tout tenir! Après tout, la patrie canadienne n’était pas vraiment
me-nacée lorsqu’on a décidé d’envoyer des troupes. Quant aux valeurs qu’on cite
abondamment, notez que le conflit en Afghanistan dépasse la question des valeurs;
il exprime, le choc des civilisations, la confrontation entre l’Occident et le Moyen-Orient, l’économie de marché et l’idéologie moderniste contre les valeurs traditionnelles d’un certain Islam, et la crainte pour ces gens, de perdre leur identité. Moderniser l’Afghanistan ne doit pas consister à assimiler les Afghans aux valeurs occidentales, mais les inciter à prendre en main leur développement selon leurs valeurs.