M. Fichaud a été reconnu coupable de harcèlement, ce qui a mené à sa suspension en octobre dernier.
Réintégration contestée
Les élus du Sud-Ouest se déchirent sur le retour éventuel d’un gestionnaire condamné pour harcèlement
Une résolution permettant à Armand Fichaud, ancien chef de division Sports, loisirs et développement social - suspendu de ses fonctions il y a près d’un an pour harcèlement psychologique -, de revenir à son poste à compter du 15 septembre, sème la zizanie au sein du conseil d’arrondissement.
Âgé de 51 ans, Armand Fichaud, a été suspendu le 16 octobre dernier à la suite de plaintes déposées par des employés de l'arrondissement devant divers tribunaux administratifs (Commission des relations de travail du Québec, Commission des normes du travail du Québec et Service du capital humain), notamment pour du harcèlement psychologique dans le cadre de ses fonctions durant plusieurs années.
Les trois élus de Vision Montréal, Line Hamel, Jean-Yves Cartier et Ronald Bossy, ont fait savoir lors du dernier conseil d'arrondissement, qu’ils veulent régulariser la situation de M. Fichaud et le réintégrer de façon «harmonieuse» au sein de l'administration.
Malgré l'opposition de la mairesse et celle du conseiller de l'UCIM, Pierre Fréchette, la résolution pavant la voie à la réintégration du cadre a été adoptée par trois voix (Line Hamel, Jean-Yves Cartier et Ronald Bossy) contre deux.
Gestionnaire condamné
À la suite des plaintes pour harcèlement, une employée avait quitté l'arrondissement pour travailler ailleurs. M. Fichaud a par la suite été reconnu coupable de harcèlement, suite aux recommandations d’un comité ad hoc mis sur pied – conformément à la politique de respect de la personne, adoptée par le comité exécutif de la Ville de Montréal en 2004 –, ce qui a mené à sa suspension.
La conseillère Line Hamel estime que le temps est venu de réintégrer M. Fichaud à l'arrondissement : «Ce dossier dure depuis longtemps, je n’aime pas laver linge sale en public, mais il faut dire qu’il y a plusieurs versions dans cette histoire-là, et je ne crois pas nécessairement tout ce qui a été dit. Mais à l'époque, nous [conseillers de Vision Montréal] avions voté en faveur des résolutions du comité Had Hoc [présidé par l’ancien directeur de l’arrondissement, Gilles Rainville], dont la suspension de M. Fichaud», indique-t-elle
«Armand Fichaud a été arrêté pendant plus ou moins un an. D’habitude c'est comme ça que ça se passe, les gens réintègrent leurs postes. On dirait que la mairesse ne veut pas prendre ses responsabilités, c'est comme si elle était frustrée d’être minoritaire», soutient la conseillère.
De son côté, la mairesse de l'arrondissement est prête à tout pour combattre le retour de M. Fichaud :«Pourquoi ramener un responsable qui a été reconnu coupable de harcèlement psychologique? Ce n’est pas moi, Jacqueline Monpetit, mais bel et bien des employés qui ont porté plainte et l'enquête leur a donné raison», explique-t-elle.
«La loi sur les normes du travail stipule que: ‘[…] les gestionnaires prennent un engagement à promouvoir un milieu de travail sain, à prévenir et s’assurer qu'aucune forme de harcèlement ne sera tolérée, à faire cesser le harcèlement et à se donner les moyens pour agir», rappelle Mme Monpetit..
«Si on réintègre M. Fichaud, on fait fi de cette loi là. En quoi des élus pourraient-ils passer outre la loi sur le respect de la personne? Je crois que ces gens ignorent la loi, ils sont mal informés», affirme l’élue.
Séance extraordinaire
Une séance extraordinaire du conseil d’arrondissement du Sud-Ouest s’est donc tenue à ce sujet jeudi matin, la mairesse ayant décidé d’utiliser son droit de reconsidération.
Dès le début de la séance, cette dernière a remis une lettre émanant du directeur général de la Ville, Claude Léger, adressée au directeur général de l’arrondissement, Érick Santana.
Dans cette lettre, le directeur général de la Ville rappelle que l’employeur doit, en vertu de l’article 81.19 de la Loi sur les normes de travail, prendre les moyens de prévenir le harcèlement psychologique et le faire cesser lorsqu’une telle conduite est portée à sa connaissance.
Le directeur général de la Ville y indique également que: «la résolution adoptée par le conseil d’arrondissement du Sud-Ouest (3 juillet 2007), en plus de contrevenir au rapport du comité et aux décisions qui en ont découlé, est illégale selon les avis juridiques obtenus».
Invoquant des éléments nouveaux soumis à l’attention des membres du Conseil, Line Hamel a proposé l’ajournement de la séance au mardi 21 août à 9 h.
La mairesse de l’arrondissement et le conseiller Pierre Fréchette disent espérer que leurs collègues «réfléchiront aux graves conséquences de la réintégration éventuelle de monsieur Armand Fichaud et reviendront sur leur décision lors de la séance spéciale du 21 août prochain».