Une opération d'épuration manque au réseau
Ce n’est pas parce que l’eau usée de Montréal fait escale à la station d’épuration qu’elle en ressort complètement propre pour autant.
Chaque jour, c’est l’équivalent d’un stade olympique rempli d’eau nettoyée, mais non désinfectée, qui est envoyée dans le fleuve. Une situation qui inquiète les groupes environnementaux et qui met encore en péril la qualité de l’eau dans le fleuve.
«Chaque jour, l’usine d’épuration des eaux rejette des milliers de coliformes fécaux. Encore aujourd’hui, il manque une opération qui permettrait d’assurer la qualité de l’eau du fleuve », déplore Chantal Rouleau, directrice du Comité Zone d’Intervention Prioritaire (ZIP) Jacques-Cartier.
En effet, au sortir de la station, l’eau qui est rejetée dans le fleuve n’est débarrassée que de la moitié de ses coliformes fécaux. Pourtant, au milieu des années 1990, il était prévu d'ajouter une étape au traitement des eaux usées, soit celle de la désinfection à l'aide d'hypochlorite de sodium. Quelques jours avant la mise en service du nouveau processus, Québec a déposé un moratoire concernant la désinfection des eaux usées traitées au chlore. En 2005, des essais pilotes ont été menés pour évaluer l'impact de deux autres modes de traitement pour désinfecter les eaux usées de Montréal, soit l'ozonation et l'ultraviolet.
Plus d’une décennie plus tard, aucune solution n’a encore été mise en place. Toutefois, indique Richard Fontaine, directeur de la Station d’épuration des eaux usées de Montréal, une équipe se penche sur ce sujet. « L’étude est toujours en cours et se poursuivra cet été. Si tout se déroule comme prévu, elle devrait se terminer cet automne. » Malgré de nombreux appels, il a toutefois été impossible d’en savoir plus.
« Il est très important de travailler sur ce dossier, parce que le panache chargé de contaminants se rend jusqu’à l’île d’Orléans. Il ne faut pas oublier qu’à Montréal, la station d’épuration des eaux usées est l’une des plus importantes en Amérique du Nord », indique Chantal Rouleau.
Lorsque les moules changent de sexe
Ce qui inquiète également les scientifiques en ce moment, c’est le rejet de produits chimiques dont on ne connaît pas l’influence sur l’environnement. Parfums, hormones, antibiotiques, téflons et autres matières du même genre se retrouvent dans les eaux rejetées dans le fleuve sans qu’on n’en connaisse leurs effets sur l’environnement.
« Le problème, ce n’est pas tellement que les industries rejettent ce genre de substance dans l’eau. Pour les médicaments, par exemple, seule une quantité infime reste dans l’organisme. Le reste se retrouve dans les cours d’eau », explique Luc Bergeron, du Comité ZIP Ville-Marie. Par contre, la désinfection de l’eau usée ne permettrait pas d’éliminer toutes ces substances.
Déjà, une équipe de chercheurs d'Environnement Canada a constaté que les polluants peuvent mimer l’action d’hormones sexuelles comme les oestrogènes. Ils ont constaté qu’une espèce de moules d’eau douce changeait de sexe lorsqu’elle vivait à proximité de l’usine d’épuration. À la sortie du point de rejet de l’effluent municipal de Montréal, jusqu'à 66 % des moules étaient devenues des femelles, alors qu’elles comptaient pour seulement 41 % en amont du point de rejet, pourcentage qui correspond à la fréquence normale de femelles chez cette espèce.
> Les faits
Avant la mise en opération de la station d’épuration de Montréal, en 1984, l’eau usée de Montréal était déversée dans le fleuve et la rivière des Prairies.
Depuis 1996, c’est 99,6% des eaux usées de l'île de Montréal qui aboutissent à la station d'épuration.
La station réduit d'environ 80 % le phosphore et les matières en suspension, en plus de diminuer de moitié le nombre de coliformes fécaux.
Le procédé ne permet toutefois pas d'éliminer adéquatement d'autres contaminants, tels les métaux lourds, les cyanures ou les composés phénoliques. Ceux-ci doivent donc être réduits à la source.
(Source: Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs)