Elles sont plus petites que la poussière sur le rebord de la fenêtre.
Offrant des possibilités autrefois réservées à la science-fiction, ces particules créées par la magie de la nanotechnologie rendent les fenêtres autonettoyantes et les pantalons résistants aux tâches et aux plis.
Qu'il s'agisse des bas et des coquilles de hockeyeurs qui ne prennent pas de mauvaises odeurs, des toilettes et des ustensiles de cuisine sans germes, des crèmes pour la peau extra-performantes et des bâtons de hockey solides comme l'acier, les produits fabriqués à partir de cette science relativement nouvelle font probablement déjà partie de votre vie, même si vous n'en êtes pas conscient. Ou ils en feront partie bientôt.
"C'est énorme. Cela peut possiblement affecter tous les aspects de nos vies", affirme la scientifique Elizabeth Nielsen, consultante auprès du Conseil des consommateurs du Canada. Mme Nielsen ajoute que les nanotechnologies se présentent en tant que technologie fondatrice, "comme la révolution industrielle et l'électricité".
"Les nanotechnologies impliquent la manipulation de molécules au niveau atomique, et un équipement et des microscopes spéciaux qui créent des dispositifs aux propriétés uniques. Plus la particule est petite, plus elle peut être sensible et plus facilement elle peut traverser le corps, l'air et l'eau", soutient la scientifique.
Par exemple, le dioxyde de titane et l'oxyde de zinc utilisés dans les crèmes solaires deviennent transparents quand ils sont réduits à la taille nano, mais ils peuvent encore absorber et réfléchir les rayons ultraviolets.
Des opposants préviennent toutefois qu'on en sait trop peu sur les effets potentiels des ces matériaux altérés sur le corps humain et l'environnement.
L'incertitude entourant les nanotechnologies a suscité une certaine "nanophobie", pour reprendre le terme utilisé récemment par le New York Times, qui a incité des compagnies qui auparavant mettaient de l'avant l'utilisation de la technologie dans leurs produits à retirer le mot de leurs publicités de crainte de s'aliéner des consommateurs.
Il n'y a pas si longtemps, le terme nano représentait un argument de vente majeur pour les cosmétiques en Europe, souligne Mme Nielsen. Mais après que l'écrivain Michael Crichton eut publié son roman "La Proie" en 2002, toutes les références aux nanotechnologies ont été retirées sur les étiquettes. "La Proie" raconte l'histoire d'un scientifique qui propage involontairement un essaim de nanoparticules mortelles dans l'environnement.
Mme Nielsen estime que les consommateurs devraient se méfier de certains produits de la nanotechnologie. Il n'y a tout simplement pas assez de recherches qui ont été menées pour savoir quels genres de risque peuvent poser ces produits, fait valoir la consultante auprès du Conseil des consommateurs du Canada.
En attendant, Mme Nielsen recommande aux consommateurs d'au moins éviter les produits de la nanotechnologie pour les enfants, tels que les tétines pour bébé antibactériennes et les jouets moelleux résistants aux taches. "Ils ne savent pas vraiment quel impact il peut y avoir sur les enfants, un groupe beaucoup plus vulnérable", fait-elle valoir.
Colin Finan, à la tête d'un projet sur les nanotechnologies au Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington, dit croire que les montants investis dans la conception de produits utilisant les nanotechnologies vont exploser au cours des prochaines années.
Environ 147 milliards $ ont été dépensés à travers le monde en 2007. M. Finan a estimé que ces sommes devraient grimper à plus de 3000 milliards $ d'ici 2015.
Le Project on Emerging Nanotechnologies a identifié plus de 800 produits de la nanotechnologie déjà sur le marché, et trois ou quatre nouveaux produits s'ajouteraient chaque semaine. La plupart - environ 80 pour cent - sont disponibles au Canada dans les commerces de détail, par l'entremise de distributeurs ou sur Internet. L'inventaire inclut des crayons aromatiques, des bouteilles de bière en plastique qui conservent la boisson plus froide plus longtemps et des filtres de cigarettes qui sont supposés offrir un meilleur goût et réduire les toxines.
Il y aussi des préservatifs en mousse pour femme, des tuques antistatiques et des maillots de bain plus ergonomiques.
Les nanotechnologies augmenteraient la solidité des raquettes de tennis, des bâtons de hockey, des bâtons de golf, des bicyclettes et des planches à neige.
Pour les automobilistes, il y a la peinture résistante aux égratignures, les pneus qui adhèrent mieux à la route et les lave-glaces qui peuvent évacuer la neige, les insectes et les saletés.
Dans la cuisine, il y a des contenants qui conservent la fraîcheur de la nourriture plus longtemps et d'autres emballages qui changent de couleur en guise d'avertissement si de la nourriture est contaminée.
Les particules de la nanotechnologie se retrouvent même dans certains aliments, rendant la crème glacée au chocolat plus crémeuse et les boissons diététiques plus efficaces.
Toutes sortes de produits de la nanotechnologie sont disponibles, explique Mme Nielsen, mais la plupart des consommateurs n'ont aucune idée que la science de l'infime a joué un rôle dans leur fabrication. Certaines étiquettes sur des vêtements, des contenants de peinture et des outils font état de l'utilisation de la nanotechnologie, mais plusieurs autres produits n'en font pas mention.
Milana Segal, de la Green Earth Nano Science, à Toronto, assure que le produit développé par sa compagnie était tout à fait sécuritaire. Il s'agit d'un revêtement spécial qui réagit à la lumière du soleil à l'extérieur des édifices pour les garder propres et les protéger de la moisissure.
A l'intérieur, un autre revêtement peut être appliqué aux murs et aux planchers pour purifier l'air et prévenir l'éclosion de bactéries.
Le produit en est seulement à l'étape du projet-pilote, mais d'ici dix ans, il sera partout, soutient Mme Segal.
"Nous voulons le voir dans les maisons, dans les hôpitaux, dans les écoles", dit-elle.
Mme Segal prédit que les nanotechnologies vont changer la vie de tous. "C'est comme quand Internet est sorti il y a dix ans et que personne ne savait de quoi il s'agissait. Aujourd'hui, tout le monde en a besoin", dit-elle.
La porte-parole de la Green Earth Nano Science fait état de recherches importantes amorcées aux Etats-Unis en 2008 portant sur une cape invisible et électromagnétique qui peut envelopper la lumière. "Ces travaux financés par l'armée américaine ont le potentiel de rendre les blindés invisibles, soutient-elle. Il semble que le futur n'a plus de frontières."
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