Les textes des chansons de Pauline Julien frappent toujours aussi fort et l’interprétation juste et inspirée de Céline Faucher n'a rien pour gâcher la beauté du moment.
Générosité et conviction
Céline Faucher à la hauteur de Pauline Julien
Après un voyage aussi exceptionnel au cœur de l’univers de Pauline Julien, on se sent nostalgique et ému. Si l’on regrette que ne s’écrivent plus aujourd’hui des chansons aussi engagées, intenses et significatives, on peut se réjouir que des héritières comme Céline Faucher les interprètent encore avec autant de force et de conviction.
Céline Faucher dispose de talents de communicatrice et de comédienne indéniables, qui n’ont d’égal que sa générosité. Sa voix, parfois cristalline, parfois basse, est puissante et il semble qu’aucune note ne soit à l’abri de son vaste registre.
Dès les premières minutes du spectacle, l’émotion dans la salle est palpable: une voisine lâche quelques sanglots, plus tard, un cinquantenaire essuie subtilement une larme. C’est que les textes des chansons de Pauline Julien frappent toujours aussi fort et l’interprétation juste et inspirée de Céline Faucher n'a rien pour gâcher la beauté du moment.
Tour à tour, elle reprend les personnages autrefois incarnés par Pauline Julien, parfois avec beaucoup d’humour - la chanteuse maîtrise remarquablement bien le jeu comique-, mais c'est lorsque qu’elle chante haut et fort les chansons politiques sur la langue et la condition féminine qu’elle fait le plus mouche dans la salle.
Aux premières notes de Mommy, le corps se couvre de chair de poule et les frissons n’auront de cesse jusqu’à la fin du spectacle, alors que tout le menu de la soirée constitue un merveilleux régal. De la Litanie des gens gentils, texte truculent où Pauline Julien et Richard Grégoire dénoncent l’aplat-ventrisme Québécois, à la tragicomique croqueuse de 222, on rit jaune et on se conscientise.
Autre moment chargé d’émotion, lorsque la chanteuse entonne le bouleversant texte d’Anne Sylvestre, Une sorcière comme un autre: «Vous m'avez aimée servante/M'avez voulue ignorante/Forte vous me combattiez/Faible vous me méprisiez/Vous m'avez aimée putain/Et couverte de satin/Vous m'avez faite statue/Et toujours je me suis tue».
Parmi les autres magnifiques compositions interprétées, on compte Je vous aime de Rejean Ducharme et Jacques Perron, Suzanne de Leonard Cohen, traduite par Gilbert Langevin, Les gens de mon pays et La danse à St-Dilon de Gilles Vigneault.
Céline Faucher a terminé la soirée en beauté avec deux belles surprises offertes au public en rappel: L’âme à la tendresse, que la salle a entonnée en cœur, et Le plus beau voyage de Claude Gauthier, chanson livrée avec toute son âme et ses tripes au son des bravos! et des mercis.