Cinéaste, sculpteur, Alain Cadieux a plus d’une corde à son arc. Créateur aussi passionné qu’impulsif, il a toujours une foule de projets sur la table. Photo : Martin A. Chamberland
Un «moineau» rare!
Alain Cadieux : tout ce que vous vous êtes toujours imaginé sur les artistes…
Un bien drôle de moineau que cet Alain Cadieux, la cinquantaine, sculpteur, homme de cinéma, une profession acquise «sur le tas», un peu par accident. Sa maison de Ville-Émard, semblable à sa vie, est en trompe-l'œil, l'artiste ayant conservé la vitrine de l'ancienne bijouterie pour y exposer une parcelle de ses milliers d’objets accumulés au fil des ans.
Cinq ans après s’être établi sur la rue Allard, il arrive encore que les gens entrent chez Alain Cadieux pour voir la marchandise: «J’oublie de verrouiller ma porte, que voulez-vous…», explique le drolatique, fort d’une carrière de plus de vingt ans dans le cinéma. S’il a commencé comme simple figurant, de manière complètement fortuite (en visitant un plateau de tournage à Verdun, l’équipe lui a dit de s’habiller, le prenant pour un membre de l’équipe), il devient ensuite technicien décors, puis Best Man (assistant du directeur artistique).
Bras droit du directeur artistique Richard Tassé, il a travaillé sur plusieurs productions américaines de second ordre, avant de se lancer dans les coproductions franco-québécoises. Le dernier trophée de chasse d’Alain Cadieux: La belle bête , adaptation du roman de Marie-Claire Blais, réalisé par Karim Hussain avec Marc-André Grondin et Carole Laure, un plateau où régnait une bien belle ambiance selon lui.
Créer, peu importe la forme
Mais voilà, notre verbomoteur hyperactif a toujours, pas un, pas deux, mais des dizaines de projets sur la table, et a décidé de tirer un trait sur les plateaux de cinéma. «Avec le ralentissement des tournages américains, je suis allé travailler du côté de la télévision sur l’émission Rumeur pendant un an et je m’y suis un peu ennuyé. Il y a moins de créativité et de folie des grandeurs dans la création des décors télé», raconte-t-il.
Sa dernière obsession? Créer des «sculptures-présentoirs» à même de grosses pièces de bois trouvées et travaillées, qui mettent en scène des objets anciens. Il faut dire qu’Alain Cadieux en connaît un bail sur le sujet, lui qui, durant les années soixante-dix, a été installateur d’œuvres d’art pour les plus grands marchands des circuits new-yorkais, torontois et montréalais. Il fût même chargé d’installer le poncho d’Andy Warhol sur le mur de la richissime voisine de l’ex-premier ministre Pierre Elliot Trudeau à Westmount.
Ses œuvres lyriques, citées par des critiques d'art ayant visité son exposition à St-Jean-Port-Joli, seraient dignes de grandes expositions, mais ne comptez pas sur lui pour frapper à la porte d’un galeriste, il est bien trop occupé à faire mille et une choses, des rénovations extravagantes de sa maison (il en a doublé la surface en plus d’ajouter un deuxième étage et une méga-terrasse sur le toit), à ses courts métrages pour le web.
«J'ai déniché des contrats pour une commission scolaire pour faire des films sur le taxage et l’intimidation. Mais mes sujets ne sont pas toujours graves comme ça, je fais aussi des trucs absurdes pour m’amuser», assure-t-il.
C'est ainsi que le couronnement factice de Miss patates frites 1998 à St-Jean-Port-Joli avait créée toute une commotion. Le tournage attirant l’équipe locale de Radio-Canada, le sacre avait éclipsé des vraies nouvelles culturelles de la région au bulletin de nouvelles de 18h.
Hasards et coïncidences
Il en va ainsi de toute la vie d’Alain Cadieux, parsemée de hasards invraisemblables. Adopté par un couple des Laurentides, il apprend sur le lit de mort de sa mère que le nom de famille de sa mère biologique serait Harrelle. Il fait ni une ni deux et compose le premier numéro dudit nom dans l'annuaire et tombe sur sa génitrice, la comédienne Johanne Harrelle, qui le reconnaît en tant que fils.
Nous sommes alors dans les années 80 et Mme Harrelle, première comédienne et top-modèle de race noire au Québec, aura le temps de partager son amour du cinéma avec son fils, avant de décéder en 1994. Alain Cadieux conserve d’ailleurs un story-board de Claude Jutras dans son atelier, avec qui sa mère biologique avait tourné À tout prendre, film culte de 1963 remportant de multiples prix tant au Canada qu'à l'étranger.
Quant à Alain Cadieux, une collaboration avec la Maison de la culture Marie-Uguay aurait été discutée pour exposer ses sculptures durant la saison 2009, mais cela reste encore à déterminer. Pour l'artiste, une année semble une éternité et c'est en toute candeur qu’il lance: «2009, c’est bien trop loin, je ne suis pas rendu là!».