Coincés dans l’île
L’énorme bouchon de circulation du mardi 30 octobre a causé des inconvénients de toutes sortes aux résidants du quartier de l’Île-des-Sœurs. Pendant environ deux heures, les gens se demandaient ce qui pouvait bien causer une telle situation et les rumeurs les plus folles ont
circulées.
Les conséquences ont sans doute été graves, pour certaines personnes, mais quand on analyse froidement ce qui s’est passé, on se rend compte qu’il n’y avait rien de bien exceptionnel. En réalité, la population de l’île a vécu ce que des dizaines de milliers de banlieusards vivent, plusieurs fois par mois. Pour diverses raisons, les réseaux routiers sont fréquemment paralysés pendant de longues périodes et qu’en ce n’est pas un secteur qui est touché, c’en est un autre. Il arrive fréquemment que l’on reste pris pendant plus d’une heure dans des embouteillages de circulation.
Ce qui rend certaines personnes plus nerveuses, à L’Île-des-Sœurs, c’est le fait que ce quartier est entouré d’eau. L’ambulance pourrait-elle arriver à temps, en cas d’urgence médicale? Les pompiers des autres postes pourraient-ils venir prêter rapidement main forte à leurs confrères de l’île, en cas de sinistre majeur?
Ce sont là des questions bien légitimes et le maire de l’arrondissement a même senti le besoin de se faire rassurer par les directeurs des différents services concernés. À l’issue d’une réunion spéciale, mardi après-midi, pour discuter des événements de la matinée, il a obtenu la confirmation que les mesures d’urgence auraient pu être facilement déployées, si elles avaient été requises.
Je suis convaincu que l’on parviendrait assez rapidement à déplacer les véhicules requis, si un gros problème survenait alors que le réseau
routier est paralysé, comme ce fut le cas cette semaine. Ce qui m’inquiète un peu plus, ce sont les «petits» problèmes vécus par les gens:
la personne qui a un rendez-vous à l’hôpital,
l’accusé qui doit se présenter en cour, l’employé qui a la clé des portes du bureau, etc. Parfois, ces situations bénignes prennent une tournure
dramatique, comme on l’a constaté lors des
contraintes qui ont empêché le pasteur Lee de bénéficier des soins qui auraient pu lui sauver la vie, l’an dernier...
Il faut être clair. Des événements comme ceux vécus mardi dernier sont très rares à L’Île-des-Sœurs. Même si le temps paraît toujours trop long, il faut rarement plus de cinq à dix minutes pour quitter l’île, à l’heure de pointe. Pour ceux qui se rendent dans l’île, les délais sont encore meilleurs; ce n’est pas dans l’île que la circulation est congestionnée, c’est sur les autoroutes qui y mènent.
Et, contrairement à ce qu’affirment sans y penser plusieurs personnes, ce n’est pas un pont unique qui permet de quitter l’île, mais trois. On peut prendre le pont Champlain (vers la rive sud), le pont Clément (vers l’autoroute Bonaventure) ou le pont de L’Île-des-Sœurs, en direction nord.
Trois ponts et deux autoroutes, ce n’est pas si mal pour une population de 15 000 âmes et dont le nombre ultime ne dépassera pas 25 000. Cependant, ce n’est pas ainsi qu’il faut
considérer les choses. Ces grandes artères routières sont quotidiennement engorgées et le moindre incident peut paralyser complètement le flot des véhicules.
Les travaux en cours, sur la Pointe Nord,
permettront de rendre plus fluides les entrées et sorties de l’île. Dans des circonstances comme celle du 30 octobre, les nouveaux aménagements auraient considérablement atténué l’ampleur du bouchon.
Il reste que l’obstacle se situe à un autre niveau. Comme le problème de la congestion routière sur les autoroutes de la région montréalaise ne sera pas réglé avant plusieurs décennies, il faut envisager d’autres solutions pour le déplacement des gens.
Le transport en commun est sûrement l’une d’elles. Et, à défaut d’une station de métro dans l’île même, il serait peut-être temps que l’on réfléchisse plus sérieusement à l’option d’un pont de service assurant un lien rapproché avec la
station De L’Église.