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Mon frère Vincent

Article mis en ligne le 17 septembre 2007 à 14:32
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Mon frère Vincent
Vincent Leduc, trisomique, mort le 19 août 2007, à l’âge de 47 ans et 7 mois.
Mon frère Vincent
Je vais vous parler de mon p’tit frère Vincent, dont la mort est venue me chercher très profondément (...)
La mort de Vincent m’a vraiment ébranlé. Bien sûr, on s’y attendait et on convient également que, compte tenu de son état de santé physique et mental des derniers mois, c’est probablement la meilleure chose qui pouvait lui arriver que d’aller retrouver nos disparus et son Dieu qu’il a aimés inconditionnellement.

L’amour inconditionnel que Vincent avait pour nous tous devait ressembler, j'imagine, à l'amour de Dieu. Et je suis convaincu que la relation intime que Vincent avait avec Dieu, n’était pas pour faire plaisir à Jeanne, notre mère, n’était pas du «fake». Vincent était comédien à ses heures mais dans la vie il ne «fakait» pas.

Oui, la mort de Vincent est venue me chercher profondément. J’ai réalisé l’importance qu’il a eu dans ma vie et le rôle qu’il a joué.

Sa présence et la vie ont fait en sorte qu’entre lui et moi il y a eu pendant de très nombreuses années une intimité peu commune, oui, sa présence a contribué à façonner l’homme que je suis devenu. Sans lui, je serais un homme plus con, j’en suis convaincu. Sa présence a contribué à faire de moi, je pense, un être plus tolérant, plus compréhensif, plus patient, plus empathique que ce que j’aurais pu être.

Son existence m’a permis de comprendre que dans la vie, il ne faut pas laisser la performance et l’argent guider nos vies privée et professionnelle et interférer dans la relation que l’on entretient avec les êtres humains.

J’ai appris qu’il faut soutenir et aider ceux qui sont différents, ceux que la vie a un peu «maganer», ceux qui ont un peu plus de misère à vivre pour toutes sortes de raisons; les aider à développer leur potentiel, à devenir des êtres libres et autonomes, des citoyens à part entière.

Si vous me permettez, je vais vous parler de Vincent en reprenant une approche très utilisée dans le monde des ressources humaines, celle qui permet d’évaluer une personne en fonction de son savoir, son savoir-faire et son savoir-être.

Au niveau du savoir, Vincent était étonnant. Évidemment, Jeanne a joué un rôle capital dans son processus d’acquisition de connaissance. Elle a sorti des vieux cahiers d’école primaire et elle lui a fait la classe jusqu’à la fin de sa vie. Les chiffres de 1 à 10. Les lettres, au moins pour être capable de signer son nom. Les chiffres et les lettres pour être capable de réaliser quelques miracles comme prendre le journal et dire quelle température il fera aujourd’hui avec précision ou se promener dans le réseau de transport en commun, être capable de transférer à Lionel-Groulx ou à Berri pour aller travailler, parfois jusqu’à Monréal-Nord et jusque dans l’extrême est de Montréal, sans se perdre. Imaginez Vincent qui dort entre chaque station et qui se réveille pour se dire miraculeusement «non c’est pas encore ici» et qui, une fois sorti du métro, choisit le bon numéro d’autobus sans se tromper.

Je l’ai souvent soupçonné d’en savoir plus qu’il ne le laissait paraître pour ne pas que Jeanne s’emballe et l’embarque dans des aventures intellectuelles rocambolesques.

Vincent avait aussi des connaissances en musique, en télévision, en sport, en actualité politique, même en théâtre. Il était capable d’en parler et était moins ennuyant que beaucoup de personnes dites normales.

Au niveau du savoir-faire, Vincent était également très étonnant. Il était méticuleux dans tout ce qu’il faisait. Il n’était pas un «botcheux». À ce niveau-là, je pense que nous avons tous joué un rôle important pour le rendre autonome dans la vie de tous les jours. Être capable de se faire à manger, de faire son ménage, son lit, la vaisselle. Il le faisait naturellement sans chialer. Je dois vous dire que je connais des jeunes de 13 ans qui auraient eu intérêt à le fréquenter plus souvent.

Vincent était aussi un artisan qui faisait patiemment du tapis et qui avait expérimenté d’autres techniques artisanales.

Sur son savoir-faire, je pense qu’il faut rendre hommage à son professeur de l’école Peter Hall, feu Gérard Doiron, parti trop vite dans l’autre monde lui aussi. Gérard qui poussait ses élèves vers l’autonomie, qui exigeait d’eux la débrouillardise, la précision, le travail bien fait. Un être extraordinaire qui a aidé Vincent et beaucoup de ses amis (je pense à Normand Labelle, Jocelyn Côté, Normand Taillefer et les autres). Un professeur qui leur faisait confiance, les stimulait et leur faisait comprendre qu’ils étaient capables d’aller au bout de leurs possibilités et de devenir autonomes.

Il y a eu aussi Vincent l’artiste, l’homme de cinéma, «Vino Fellini», qui aimait bien être derrière la caméra lors de nos activités familiales. Il y a eu aussi Vincent le comédien, «Vino Depardieu», acteur de «Tristesse, modèle réduit». Je pense qu'on peut saluer le réalisateur Robert Morin qui a réussi à faire de Vincent un comédien à la hauteur de son rôle. Probablement le premier «mongol» membre de l’Union des Artistes (UDA).

Il y a eu aussi Vincent le travailleur qui a offert sa force de travail à des ateliers protégés. On l’a même vu dans un snack-bar. Il a travaillé un peu partout sur l’île de Montréal. Il a fait des travaux de toutes sortes avec toujours le même enthousiasme.

Il y a eu dans les 10 dernières années de sa vie active, «Vino Guilbeault», «Vino l’environnemental», qui a contribué à réduire les émission de gaz à effet de serre en travaillant dans une ressourcerie à trier du papier en direction du recyclage. On peut lever notre chapeau à l’équipe de RAMI (RécupérAction Marronniers Inc), entreprise d’économie sociale qui s’est donnée comme mission de contribuer à relever les défis environnementaux qui nous interpellent et aussi à faire de l’insertion sociale par le travail pour des travailleurs ayant des handicaps. Merci à toute l’équipe de RAMI, et particulièrement à Linda Leblanc qui s’est occupée particulièrement de Vincent.

Enfin, au niveau du savoir-être, Vincent était un modèle, l’humain idéal. Il était toujours gentil, toujours poli, toujours délicat. D’une délicatesse qui laissait penser qu’il comprenait beaucoup de choses profondes en nous. Il était toujours prêt à aider sans rien attendre en retour, un vrai bénévole dans l’âme. Il savait pardonner, n’avait pas de rancune et il nous aimait tous inconditionnellement. Il savait se faire aimer et il faisait l’unanimité.

Vincent était heureux. Il avait des désirs inassouvis comme tout le monde, mais il savait faire la part des choses, faire le bilan du positif et du négatif, s’attarder sur le positif, profiter des bons moments de la vie, être fier de lui et de ses réalisations et être tout simplement heureux et content de vivre.

La mort de Vincent m’amène à réfléchir sur les vertus de la mixité sociale. Nos parents, Jeanne et JOR, ont autant aimé (probablement plus) cet enfant-là que n’importe lequel des 13 autres. Naturellement, ils l’ont placé dans la famille et on comprenait que le message était: «Voici votre frère. Il est un peu différent, mais c’est votre frère et un membre de la famille à part entière. Faites-lui la place qui lui revient, respectez-le, aidez-le et défendez le bec et ongles».

J'ai parfois l’impression que cette mixité sociale se perd, qu'on a de plus en plus tendance à sélectionner, à bâtir des univers sur mesure pour tel ou tel groupe, à gérer la société en silos. On a trop tendance à valoriser uniquement les performants et à isoler et exclure les différents, les plus lents, ceux qui semblent venir d’une autre planète, mais qui sont des humains comme nous tous.

Prenez le palmarès des écoles qui nous apprend, oh surprise!, que les meilleures écoles sont celles qui font la sélection la plus serrée des meilleurs, des plus vites, des plus intelligents, des plus favorisés. C’est une vraie niaiserie, une supercherie intellectuelle, qui ne nous apprend rien sur la vraie performance et qui incite notre société à tendre de plus en plus vers l’exclusion.

Je pense que la vraie performance c’est quand une communauté familiale comme la nôtre, ou une communauté tout court, est capable d’accepter un trisomique, de l’aider, d’en faire un individu autonome, libre, utile à la société, une citoyen à part entière, et surtout, d’en faire un être heureux.

Chapeau, dans l’autre monde, à Jeanne et à JOR, nos parents. Chapeau à nous tous et merci Vincent pour ce que tu nous as apporté.
Pierre-Paul Leduc

Frère de Vincent, mort le 19 août 2007, à l’âge de 47 ans

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