La maudite machine
Bienvenue dans l’univers maléfique de la maudite machine du jeu compulsif qui vous avale sans crier gare et qui ne cesse d’étendre ses tentacules au sein de notre chère société, où l’appât du gain facile prend toute la place.
Le joueur compulsif s’enferme dans un cercle vicieux et obsessionnel. Il ment à son entourage et commet des actes illégaux (fraudes, vols) qui engendrent une multitude de problèmes (dépression, anxiété, pensées suicidaires, perte d’appétit, tension artérielle élevée).
Il y a la phase gagnante, où le joueur ne comptabilise que ses gains et oublie ses pertes. Suit la phase de perte. La victime se convainc qu’elle pourra se refaire, puisque la chance va inévitablement tourner. Puis, c’est la phase désespoir, lorsque tout se dégrade sur tous les plans: économique, familial, professionnel, social, psychologique.
Le joueur vit une détresse psychique d’être sous l’emprise de son impulsion, malgré les conséquences nombreuses et dramatiques sur l’ensemble de sa vie.
Jusqu’à 70% des joueurs compulsifs songent au suicide et chaque année, des dizaines passent à l’acte. Selon Santé et Bien-être Canada, 26,8% des joueurs pathologiques ont tenté de se suicider, 37% volent jusqu’à 5000 $ par année à leur employeur, 14% s’absentent du travail des journées entières dans le but de s’adonner au jeu, 36% perdent leur emploi en raison du jeu et 85% empruntent de l’argent à leur entourage. Ces personnes peuvent espérer surmonter leur dépendance, à la condition fondamentale qu’elles reconnaissent elles-mêmes leur problème et soient désireuses de le résoudre.
Nos gouvernements ferment les yeux et empochent les énormes profits. Les joueurs versent beaucoup d’argent à Loto-Québec. Les problèmes des 140 000 joueurs
compulsifs au Québec coûtent près de
2,5 milliards $ par année à la société. Chacun coûte entre 18 000 $ et 56 000 $ par année, notamment à cause des vols, fraudes, absences au travail et de la criminalité. Le bénéfice net de la société d’État a bondi de 8% au cours du dernier exercice, ce qui lui a permis de verser au gouvernement une dividende de 1,51 milliard $.
Les problèmes reliés aux appareils de loterie vidéo sont criants. On en dénombre 14 300 au Québec, dont bon nombre dans des bars et restaurants. Les petits lots sont fréquents pour encourager le client à parier. On crée l’impression que le gain est à portée de mains. Ces maudites machines servent aussi d’appâts aux prêteurs usuraires qui y tendent leurs filets. Le client finit par payer plusieurs fois son emprunt, lorsqu’il y arrive.
L’élimination de 2500 appareils dans les bars et restaurants ne fera pas perdre un sou à Loto-Québec. La perte de profits de 119 M$ découlant de ce retrait sera compensée par les 121 M$ de profits que genéreront les
1770 appareils de loterie vidéo installés dans les quatre futurs salon de jeux.
Le sénateur Jean Lapointe se bat pour faire voter par la Chambre des communes un projet de loi qui limiterait ces appareils aux hippodromes, casinos et salons de paris.
Sa proposition a été victime des élections précipitées qui l’ont forcé chaque fois à retourner à la case départ. Des sondages révèlent que 80% des Québécois et 70% des Canadiens appuient l’objectif de son projet de loi et je me range parmi eux.