La minceur à tout prix; la maigreur a un prix
Semaine de la mode à Montréal. Grosse une du Journal de Montréal. Les jeunes mannequins sont maigres, trop maigres! C’est le culte de la minceur, la tyranie de la maigreur. N’ayons pas peur des mots: l’anorexie fait encore son oeuvre dans ce milieu extrêmement compétitif, cruel, ingrat, sans pitié, où beauté rime avec atrocité, cruauté!
Je le sais, j’y vais fort dans la métaphore, mais il le faut! Il faut dénoncer, encore une fois, cette dure réalité des canons de beauté, des concepts, des critères, des normes (écrites ou pas, édictées, évoquées, sous-entendues, convenues) devenus des standards vraiment dangereux. C’est faux! La beauté, ce n’est pas seulement d’être mince et svelte. La beauté, c’est intérieur; c’est autre chose que
l’enveloppe charnelle, autre chose que le paraître (et le devenir). Antoine de Saint-Exupéry fait dire à son Petit Prince: “L’essentiel est invisible pour les yeux�?...
Une fois pour toutes, il faudrait se dire que le style Twiggy, célèbre mannequin maigrichonne des années 70 et 80, est dépassé, obsolète, dangereux, “pas rapport�?, OUT! FINI! Compris?
Avec raison, on s’inquiète toujours de l’image que reflètent auprès des toutes jeunes filles les mannequins et les stars américaines décharnées, — rachitiques quasiment! — , qui envahissent les couvertures de magazines populaires, qui veulent absolument être minces, très minces, trop maigres. Les pré-adolescentes et adolescentes s’identifient à elles, les prennent pour modèles.
L’anorexie continue de faire des ravages. L’anorexie, c’est une maladie, un dérèglement psychologique et hormonal, ce n’est pas une mode ou un style. Les anorexiques, les vraies, elles mangent en public, mais elles se font vomir en cachette. Elles ne veulent pas
prendre une once. Un jour ou l’autre, la santé finit par s’en ressentir sérieusement, et pas seulement sur le plan physique.
L’anorexie est une maladie (affectant en grande majorité les femmes) qui m’inquiète beaucoup. Une cousine à moi en était
accablée. C’est une maladie taboue, que l’on cache, que l’on nie, que la personne atteinte n’accepte pas, n’admet pas, généralement. Outre ma cousine, pourtant adulte, chez qui le “mal de la minceur à tout prix�? a fait ses dégats, je connais deux autres jeunes femmes qui en souffrent, peut-être sans le savoir ou sans l’avouer, sans l’assumer. Dans ces trois cas, les parents sont directement impliqués dans le processus du diagnostic et des soins qui s’en suivent, parce que c’est la plupart du temps lié à la famille, à la façon de vivre, à un événement déclencheur. Ça se traite, ça se soigne. Il faut que les personnes atteintes regagnent l’estime de soi. Dans certains cas, le rejet du corps va jusqu’à l’auto-mutilation, jusqu’à la mort!
La puissante industrie de la mode et du vêtement a une responsabilité à assumer dans cette problématique de la maigreur érigée en système, tout comme le monde de la publicité et des médias qui a d’ailleurs commencé à la dénoncer et à la rejeter. Je crois que, de part et d’autre, on le réalise et on fait les efforts pour renverser la vapeur et changer les perceptions. C’est un pas dans la bonne direction, mais il reste encore beaucoup à faire. Osons le dire!