Un problème de taille
À l'approche de la Journée internationale de la femme, j’ai envie de me pencher sur une question très occidentale. Dieu sait que la question de la condition féminine à l’échelle planétaire me décourage et m’enrage à la fois (excision, port de la burka obligatoire, incapacité d’accès à l'éducation, au travail et j’en passe), mais, si parfois on se console en se comparant, cela a pour effet d’éclipser les propres difficultés vécues ici, sous prétexte que c'est beaucoup moins grave.
Qui plus est, nous présumons un peu trop facilement que la question de l’égalité des sexes est réglée en Occident. Pourtant, il suffit de traverser l’Atlantique pour constater à quel point les Françaises sont en retard côté émancipation. J’y ai rencontré des femmes instruites, professionnelles - même médecin - qui, une fois à la maison, se tapaient tout le boulot (ménage et cuisine). Encore aujourd’hui!
Tout n’est pas non plus gagné ici dans la belle province, mais la situation semble très favorable si l'on se compare au reste du monde. À une chose près, que la menace à notre développement est maintenant en nous et beaucoup plus sournoise: l’obsession du poids.
Comment être affranchies si l’on est complexées et mal dans nos peaux? Comment être déterminées et performantes lorsque l'on se sent constamment minées dans notre crédibilité, se jugeant trop grosses?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: plus d'une québécoise sur cinq estime que la gestion de son poids domine sa vie, empoisonnant son quotidien, filtrant tout par ce prisme. Les trois quarts d’entre elles veulent perdre du poids, incluant celles qui ont un poids tout à fait santé, 62% ressentent une pression sociale pour être minces ou perdre du poids et 83% veulent perdre du poids pour améliorer leur image d'elle-même (sondage Ipsos février 2008).
Pourtant, on ne peut ignorer que, pour une taille donnée, plusieurs poids sont appropriés et santés, les formats corporels des êtres humains étant naturellement variés.
Les femmes grandes et minces (maigres dans certains cas) nous sont exposées comme des idéaux, voire des modèles de beauté, mais n’oublions pas que moins de 5% des femmes ont naturellement une silhouette semblable à celle des mannequins.
À force d’essayer de ressembler à ces modèles de beauté, de nombreuses femmes, de tous les âges, adoptent des comportements de diètes et de jeûnes très nuisibles pour leur santé.
Tant que nous ne nous serons pas délestées nous-mêmes de toute cette pression sociale prominceur, nous ne serons ni libres, ni égales. Apprendre à s’aimer telle quelle est un travail colossal, c’est le plus important de tous pour s’affranchir définitivement.