Le 26 mai dernier, près de 300 paroissiens ont assisté à une assemblée d’information portant sur l’avenir de l’église située sur la rue Allard et celui des terrains de baseball et de tennis dont la paroisse est propriétaire. «Toutes les paroisses vivent un peu la même réalité», conséquence de la baisse de la pratique religieuse, constate le curé de la paroisse, le père Pierre Chabot. L’an dernier, souligne-t-il, la paroisse a émis un reçu fiscal à seulement 238 personnes suite à un don. Les ressources financières se tarissent tandis que le bâtiment vieillissant requiert des travaux importants.
L’église compte 1100 places alors que, selon la fréquentation actuelle, un lieu de culte de 250 places répondrait aux besoins, estime le père Chabot. «La paroisse peut payer pour le quotidien, comme les coûts de chauffage», dit-il, mais il faut procéder à des travaux de maçonnerie, régler un problème d’infiltration d’eau par le toit, remplacer des verrières; des rénovations qui représentent des «coûts exorbitants», note le père Chabot, signalant que l’église Saint-Jean-de-Matha n’est pas classée monument historique. Pas d’accès donc aux subventions accordées pour la protection du patrimoine religieux.
La paroisse réfléchit aux options possibles. «Nous en sommes au niveau exploratoire», indique le père Chabot.
Tout est sur la table. Au début de l’année, un promoteur immobilier s’est montré intéressé à acquérir le site. L’église et les terrains sportifs auraient fait place à un ensemble résidentiel pour personnes âgées. L’arrondissement a toutefois émis un avis défavorable, rappelle le conseiller de ville dans le district de Saint-Paul–Émard, Daniel Bélanger.
La présence de terrains sportifs constitue une particularité dans ce dossier. Ces terrains sont loués par la paroisse à l’arrondissement pour la somme symbolique de 1 $ par année. Le sous-sol de l’église est également loué par l’arrondissement pour un peu plus de 43 000 $ par année. Des organismes partenaires de la Ville y tiennent des activités (scouts, ateliers de yoga, etc). «Il y a collaboration depuis un bon nombre d’années entre la Ville et le conseil de fabrique», indique M. Bélanger.
Quelles seraient les conséquences de la vente des terrains ? «Pour les activités qui se tiennent au sous-sol, l’arrondissement peut se tourner vers un autre lieu», explique M. Bélanger, évoquant comme sites alternatifs les écoles Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours et Honoré-Mercier. «Là où le bât blesse, c’est surtout le parc – l’aire gazonnée – et les terrains de tennis», dit-il.
Un comité de citoyens, qui ne nie pas la situation financière préoccupante de la paroisse, plaide pour le «maintien des espaces verts et la protection du patrimoine». «Les terrains de tennis sont très utilisés», insiste Geneviève Beauchamp, membre du comité. En ce qui concerne l’autre terrain, si on n’y pratique plus beaucoup le baseball, il est notamment utilisé par les enfants du service de garde situé à proximité. L’hiver, les familles s’y rendent pour faire de la glissade. C’est un espace vert apprécié de la communauté, mentionne Mme Beauchamp.
L’arrondissement n’écarterait pas la possibilité d’acquérir ces terrains, a fait savoir Daniel Bélanger. L’administration municipale a enclenché un processus d’évaluation, a-t-il dit. La paroisse verrait dans la vente de cet actif un moyen de renflouer ses coffres. «Notre seul potentiel, ce qui reste, c’est le terrain, si la Ville veut l’acquérir», a dit le père Chabot.
Le comité de citoyens, qui rejette l’idée que l'église et les terrains soient vendus à un promoteur immobilier, a été invité par le conseil de fabrique à y aller de ses propositions. Il compte bien élaborer un projet, a confirmé Geneviève Beauchamp. Une assemblée publique pour discuter de la suite des choses devrait avoir lieu en septembre.
Daniel Bélanger verrait personnellement d’un bon œil la transformation de l’église en un lieu de «développement social». La vocation de lieu de culte serait maintenue. Un centre de la petite enfance pourrait aménager au sous-sol, donne-t-il en exemple. Les terrains sportifs seraient conservés. «Ce serait le meilleur scénario», selon le conseiller. «On va suivre le dossier de près», a assuré M. Bélanger lors de la séance du conseil d’arrondissement du 1er juin.
