Un immeuble qui pourrait disparaître du décor de la rue de l’Église
Faudra-t-il démolir des maisons pour agrandir le CLSC?
Des avis d’éviction ont été remis en décembre dernier par GM Développement Inc., à 13 ménages des 341 à 343, rue Galt et 366 à 388 rue de l’Église, ainsi qu’à trois commerces, sous prétexte qu’on voulait démolir ces immeubles pour permettre l’agrandissement du CLSC.
Rejoint par Le Messager, le porte-parole du Centre de santé et de services sociaux du Sud-Ouest et Verdun (CSSS), François Marcil, a d’abord laissé entendre qu’il était embarrassé par toute cette histoire de projet d’agrandissement du CLSC Verdun situé au 400, rue de l’Église. Après avoir consulté ses patrons sur l’absence d’appels d’offres, le responsable des communications du CSSS a été formel; il n’y a pas eu de demandes de soumissions, parce qu’il faut d’abord qu’un projet soit déposé à l’Agence régionale de la Santé et des Services sociaux du Montréal métropolitain et au ministère des Affaires sociales. C’est d’ailleurs au ministère qu’on décide de l’attribution de crédits et du choix d’aller ou non en appel d’offres pour sélectionner les propositions les plus avantageuses.
François Marcil a expliqué au Messager que le CSSS souhaitait rapatrier sous un même toit, au 400 rue de l’Église, les services de maintien à domicile actuellement au 1091, rue de l’Église (voisin du magasinUAP). Jeudi midi, c’était au tour de Danielle McCann, directrice-générale du CSSS, de confirmer l’existence d’un projet tout en se montrant surprise des évictions précipitées de locataires. François Marcil a ajouté que le CLSC invitait les locataires évincés à se présenter au 400 de l’Église, pour obtenir de l’aide.
Treize locataires et trois commerces, dont le Salon de coiffure Jackie, ont reçu des avis justifiant l’éviction pour la démolition, «afin d’y construire un nouvel édifice, qui abritera un Centre Local de Services Communautaires (CLSC)», selon le libellé du texte. Des 13 locataires résidentiels, trois ont déjà quitté et neuf autres n’ont pas formulé d’opposition, dans les délais exigés. Il en reste un, qui a contesté son éviction à la Régie du logement.
D’après Chantal Lamarre, directrice du Comité d’action des citoyennes et citoyens de Verdun (CACV), la décision qui sera rendue par la Régie, aura un effet sur l’ensemble des autres locataires concernés. Celle-ci trouve particulièrement contradictoire qu’une institution vouée à la santé, tolère l’éviction de locataires, aussi pauvres que démunis.
Notez d’ailleurs que Mme Lamarre affirme avoir rejoint en décembre, le directeur des ressources matérielles du CSSS, André Maisonneuve, qui a confirmé l’existence d’un projet d’agrandissement à réaliser, avant la fin du bail du CLSC, en décembre 2008.
Un commerçant victime d’un ACV
Parmi les commerces touchés, on notera que le propriétaire d’une boutique d’articles africains est tombé malade. Il a eu un AVC peu de temps après avoir reçu son avis d’éviction, selon la coiffeuse Jackie, sa voisine. Cette dernière a exprimé son désarroi, en affirmant que les locaux commerciaux disponibles sont rares et chers. La dame craint de perdre sa clientèle, et elle met toute sa confiance dans l’arrondissement qui espère-t-elle, empêchera la démolition de cet immeuble, presque centenaire.
Du côté de l’arrondissement
À l’arrondissement, on s’est dit surpris de la nouvelle, car aucune demande formelle de démolition n’a été déposée au conseil. Une telle demande doit être référée à la Commission consultative d’urbanisme (CCU), qui peut recommander son rejet.
L’arrondissement ne peut pas empêcher un propriétaire de faire des affaires, nous dit Francine Morin, responsable des communications. Toutefois, il y a des règles à suivre et on ne peut démolir un immeuble sans permis.
Précisons par ailleurs, que la Ville de Verdun (avant les fusions) avait obtenu une généreuse subvention pour la restauration de la rue de l’Église, dont la valeur patrimoniale, incluant les façades d’immeubles, avait été reconnue. Ainsi, Verdun a obtenu des fonds publics pour l’enfouissement des fils et l’achat de mobilier urbain, dans le tronçon entre le boulevard LaSalle et le boulevard Champlain, selon l’urbaniste Benoit Mallette. En terminant, notez que le député de Verdun et ministre Henri-François Gautrin, a pris connaissance du dossier et qu’il compte bien poser des questions là-dessus.