Emery Chevrier a prouvé dernièrement que soulever des charges peut se faire à n'importe quel âge. (Photo: Martin Chamberland)
Emery Chevrier, grand maître mondial d'haltérophilie à 72 ans
Le lauréat préfère s'amuser que de prendre ce titre au sérieux
La Grèce est un lieu magique pour Emery Chevrier. Après avoir remporté le Championnat du monde des maîtres d'haltérophilie en 2001 dans ce pays, l'athlète âgé de 72 ans a réédité son exploit à Kefalonia, au début octobre.
En plus de terminer au premier rang dans la catégorie des 85 kilos et moins, ainsi que dans le groupe d'âge de 70 à 74 ans, M. Chevrier a obtenu le titre de champion mondial au total des 381 athlètes participants. Il a toutefois reçu cette distinction grâce à une formule d'équivalence et non parce qu'il a soulevé plus de poids que des plus jeunes que lui.
«Ça me fait un petit velours, mais je m'amuse plutôt que de prendre ce titre au sérieux», a répondu l'athlète lorsque joint par téléphone lundi matin à son lieu d'entraînement au Centre Gadbois avec le Club d'haltérophilie Les Géants de Montréal.
Plus résistant que les jeunes à son âge
Emery Chevrier explique que la formule d'équilavence est un calcul théorique qui prend en compte l'âge, le poids corporel et la performance en haltérophilie. «Objectivement, les jeunes sont presque deux fois plus forts que moi, mais les experts statisticiens prétendent que, rendu à mon âge, ils ne lèveront pas la charge que je supporte actuellement», ajoute-t-il avec un certain doute. Il répond à ces jeunes que «ce que tu lèves là, je ne le lèverai pas de terre, parce qu'en vieillissant, on manque de coordination».
L'athlète souligne que ses jambes sont encore bonnes et qu'il réchauffe aussi ses épaules avant de soulever une charge. «À partir du sol, je peux remonter près de 400 livres», affirme-t-il. M. Chevrier précise que lui-même à 50 ans il voyait des gens de 80 ans encore en forme grâce à l'exercice. «Ils étaient mes modèles!», confie celui qui a raflé le titre au classement général avec seulement 2,3 points d'écart avec un octogénaire (453,9 contre 451,6).
Le plaisir avant la performance
Peu importe l'honneur, Emery Chevrier profite des voyages pour participer à des compétitions internationales, en compagnie de son épouse qui adore parcourir le monde. «J'ai commencé à l'âge de 48 ans à faire de l'haltérophilie, parce que mon fils en faisait. C'était donc un moment pour me retrouver avec lui, mais aussi pour reprendre la forme», explique-t-il.
Trois ans plus tard, M. Chevrier s'inscrit à l'épreuve des grands maîtres internationaux à Porto Rico. Depuis, il a participé à une quinzaine de championnats du monde, raflant une dizaine de titres dans les catégories d'âge et de poids corporel.
Exploit spécial
«Ce qu'il a accompli est vraiment spécial, précise Pierre Charbonneau, directeur général des Géants. M. Chevrier a soulevé 103 kilos à l'épaulé-jeté et 80 kg à l'arraché pour obtenir les deux meilleurs résultats en Grèce.»
Bien que le septuagénaire s'entraîne trois matins par semaine, il est toujours le seul de son groupe d'âge parmi une vingtaine de jeunes et d'athlètes junior, souligne M. Charbonneau.
Le fait de rencontrer des gens de différents pays lors des compétitions permet à M. Chevrier de vivre de belles expériences. «En côtoyant d'autres ethnies et d'autres langues, ça me fait voir où notre pays se situe par rapport aux autres, en plus de m'ouvrir l'esprit. Je communique parfois par gestes, afin de surpasser la barrière des langues», explique-t-il.
L'atlhète, qui se fait une fierté de tenir ses muscles actifs grâce à l'haltérophilie, n'aura pas à voyager bien loin pour participer au Championnat du monde des maîtres en 2011, puisque l'événement se tiendra à Montréal. Défendra-t-il alors encore son titre? «En autant que je conserve ma force jusque-là», souhaite Emery Chevrier, qui représente aussi la force… du coeur!