Sylvie Drapeau et Luc Bourgeois dans Dr Jekyll et Mr. Hyde (photo : Robert Etcheverry)
Le côté obscur de Londres
Dr. Jekyll et Mr. Hyde au Théâtre Denise-Pelletier
L'adaptation scénique de Dr. Jekyll et Mr. Hyde présentée ces jours-ci au Théâtre Denise-Pelletier a tout pour plaire aux amateurs d’œuvres d’horreur et de suspenses policiers. Les références de la mise en scène de Jean-Guy Legault sont nombreuses: des enquêtes de Sherlock Holmes aux nouvelles d’Edgar Allan Poe en passant par la musique, qui rappelle celles des thrillers d’Hitchcock, le tout tient véritablement en haleine.
Question de plaire davantage à ce public avide d'épouvante typique de la fin du XIXe siècle, la nouvelle originale de Robert Louis Stevenson, The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde, se trouve ici croisée avec l’histoire de Jack L’éventreur. Il faut savoir que les crimes perpétrés par le plus célèbre des meurtriers en série (il a éventré cinq prostituées londoniennes), ont été perpétrés deux ans seulement après la sortie de la nouvelle de Stevenson en 1886, ce qui amène plusieurs historiens à penser qu’il s’en serait inspiré.
La pièce met en scène le comédien Luc Bourgeois, formidable dans la peau du Dr. Jekyll, un scientifique humaniste et idéaliste, qui croit que la science fera triompher le bien du mal. Il devient son premier cobaye en ingérant sa propre mixture alchimique, une potion chargée d'évacuer les plus mauvais instincts de son être. Bien malheureusement, c’est tout l'inverse qui se produit et c’est le diabolique Mr. Hyde, dédoublement obscur de sa personnalité, qui fait son apparition. En plus de commettre les actes les plus odieux, ce dernier prend de plus en plus le contrôle de Jekyll, jusqu’à en faire une meurtrier.
La transformation du Dr. Jekyll à Mr. Hyde de Luc Bourgeois est hallucinante. Vêtu d’un seul et même costume tout le long de la pièce, il passe sous nos yeux de l’un à l’autre dans une forme de transe digne de la possession. Son Mr Hyde consiste en une sorte de croisement entre l’inquiétant Boucher de Daniel Day Lewis dans le Gangs of New-York de Scorsese et le démoniaque Alex du Clockwork Orange de Kubrick, canne à la main et toujours prêt à blesser quiconque se trouve sur son chemin.
Sylvie Drapeau se révèle sous un nouveau jour en jeune prostituée naïve au puissant sex-appeal. Les autres personnages sont un peu plus effacés, mais la majorité s'en tire bien. On aurait souhaité cependant voir un peu plus l’excellente Sophie Faucher, qui demeure malheureusement confinée à un rôle très secondaire.
Mentionnons par ailleurs la scénographie inspirée dont bénéficie la production avec des éclairages délicieusement glauques, des accessoires repoussants comme ces cadavres à autopsier de l’académie et les costumes gothiques à souhait.
Fable sur la lutte intérieure de chacun entre le bien et le mal, thème chéri du siècle du romantisme, la pièce met aussi en lumière cette croyance en la suprématie de la science typique de cette époque qui a également vu naître la psychiatrie moderne. D’où l’intérêt pour ce dédoublement de personnalité que d'autres œuvres, à n’en pas douter, continueront de disséquer.
Jusqu’au 22 avril au théâtre Denis-Pelletier
Pour information: 514-253-8974