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Notre ville n’est pas à vendre

Article mis en ligne le 21 février 2008 à 14:48
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Notre ville n’est pas à vendre
Tant les pouvoirs publics que le milieu des affaires saluent le méga-projet Village Griffintown avec enthousiasme. Enfin un bon projet, rassembleur, misant sur de nouvelles pratiques de concertation!

Pourtant, ce projet soulève des enjeux fondamentaux sur le développement de Montréal et de ses quartiers, et sur les principes qui l’animent. À qui appartient la ville? Qui la planifie, en fonction de quels intérêts? En quoi ce projet contribue-t-il à répondre aux nombreux besoins de la métropole et de sa population et à offrir de meilleures conditions de vie pour tous? Au-delà de la nature même du projet, c’est avant tout le processus que nous voulons collectivement questionner.

Le projet Griffintown s’inscrit dans une stratégie du développement de Montréal portée par l’élite montréalaise, via les mégaprojets et l’extension du centre-ville. Depuis le dévoilement du plan Montréal 2025, on peut constater que le maire assure les promoteurs de l’appui de la Ville pour accélérer la réalisation des grands projets. La responsabilité d’une ville, c’est pourtant d’assurer un développement axé sur le bien commun, et d’obliger les promoteurs à suivre sa planification. Faut-il rappeler que l’objectif d’un promoteur, aussi ouvert soit-il à discuter avec le milieu, est avant tout de rentabiliser son projet et d’en tirer des profits?

Dans le cas de Griffintown, c’est le monde à l’envers. Non seulement la Ville n’exerce pas son rôle de planification, mais pire, elle met ses outils au service des intérêts privés. Le Programme particulier d’urbanisme (PPU) a été rédigé pour permettre la réalisation du projet de Devimco, alors qu’un tel outil devrait être fait au préalable pour encadrer les projets. La Ville a adopté un avis de réserve foncière pour deux ans dans le seul intérêt du promoteur, et se donne un droit d’expropriation. Tout un paradoxe quand on pense que depuis des années, le milieu communautaire réclame en vain le recours à la réserve foncière pour garantir un développement en faveur des communautés.

Les consultations publiques seront tenues par l’Arrondissement Sud-Ouest, et non via l’Office de consultation publique de Montréal. Un choix politique douteux, alors que les impacts se mesureront à l’échelle de la Ville et que d’autres projets de moindre envergure ont été soumis à l’OCPM. Est-ce que la Ville et l’arrondissement Sud-Ouest auraient la volonté de faire passer le projet au plus vite et en évitant les obstacles ?
Nouvelles pratiques, nouveaux dangers
Le processus de concertation, mis en place par le promoteur Devimco en amont des consultations, est déjà cité comme exemplaire. Depuis près de deux ans, Devimco a testé son projet et négocié avec certains acteurs du Sud-Ouest et de Montréal. Le projet a ainsi évolué, certains irritants ont été atténués. Puis, dans les dernières semaines, des groupes communautaires ont été approchés pour assister à des présentations du projet.

Soyons clairs: ces séances de présentation ne sont en aucun cas des consultations. Loin de permettre l’expression des points de vue du milieu, elles n’ont même pas permis de répondre aux questions posées. Pourtant, abus de langage ou détournement de sens, le promoteur laisse maintenant entendre que le projet a été modifié en conséquence et qu’il y a un appui, une caution du milieu. Cette stratégie de marketing est extrêmement pernicieuse.

Le projet Devimco sera peut-être légèrement modifié suite aux consultations publiques, mais le concept du projet restera le même. Et il y a une différence essentielle entre une consultation sur un projet déjà ficelé et une consultation sur une vision, des orientations, un concept.

Jamais les citoyens et les groupes communautaires n’ont été consultés sur leurs aspirations, leurs besoins et le type de projets qu’ils jugent porteurs. Pourtant, chaque jour, plus nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour réaffirmer que les Montréalais doivent être partie prenante des discussions et des décisions sur le type de développement souhaité pour Montréal et ses quartiers.
Quelle ville pour demain?
Le rouleau compresseur est en place pour faire avancer les grands projets, avec toutes sortes de stratégies visant à procéder rapidement à mieux vendre les projets et minimiser les impacts négatifs. Nous ne reconnaissons pas la légitimité d’un tel processus et ne pouvons admettre que cela devienne la norme et la façon de procéder à l’avenir. Il faut forcer le débat public sur le rôle des acteurs économiques, la responsabilité des pouvoirs publics, la place des citoyens dans la définition de la ville et de ses quartiers.

Pourquoi ne pas prendre le temps de réfléchir sur le type de développement souhaité pour Griffintown, en mettant réellement à contribution la population? Pourquoi ne pas encourager la conception de plusieurs projets qui pourraient s’avérer bien plus porteurs pour Montréal? Il est urgent de développer une vision d’ensemble axée sur le bien commun, de concevoir les projets de façon cohérente, d’apporter des réponses globales à des enjeux urbains tels que le transport et la mixité sociale.

:Ceci est une version raccourcie d’une lettre signée par :

Coalition de la Petite Bourgogne–Quartier en santé

Solidarité Saint-Henri (Table de concertation locale)

Action-Gardien (Table de concertation communautaire de Pointe Saint-Charles)

Comité pour le sain redéveloppement de Griffintown

POPIR-Comité Logement

FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain)

TROVEP (Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire)

Groupe de travail sur la démocratie municipale (du Centre d’écologie urbaine)

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