Selon Louise Doré (sur la photo), la majorité des personnes handicapées intellectuelles a une déficience légère et a besoin qu’on lui montre des choses concrètes. Ces personnes peuvent apprendre une routine fonctionnelle comme payer le loyer, faire l’épicerie et prendre l’autobus, il suffit de leur montrer. Martin A. Chamberland
Entrevue avec Louise Doré
Le Carrefour d’éducation populaire, plus de 35 ans d’intégration des personnes handicapées mentales
Mis sur pied à la fin des années 60 et bien connu pour son implication communautaire, le Carrefour d'éducation populaire de Pointe-St-Charles est un des piliers du quartier, au même titre que la clinique communautaire. Entretien avec une des fondatrices de ce lieu d’éducation pour tous.
Louise Doré a passé 35 ans au carrefour en tant qu'animatrice et responsable du secteur Intégration des personnes handicapées. Elle vient tout juste de prendre sa retraite. Elle a consacré toutes ces années de labeur à l’autonomisation des personnes présentant une déficience intellectuelle.
«On entendait beaucoup à l’époque que les personnes déficientes avaient l'âge mental d’un enfant de trois ans, alors les gens étaient portés à les infantiliser. Je voulais les rendre autonomes et je les traitais en adulte. Dans nos ateliers, je les poussais à la réflexion», raconte-t-elle.
De fait, le carrefour encourage même la création du Mouvement Des personnes D’abord dans les années 80, un regroupement de déficients intellectuels qui désiraient faire entendre leur voix : «Ils disaient: 'Les étiquettes, c'est pour les petits pots, nous, nous sommes des personnes'», raconte Mme Doré. «Beaucoup ont fait du chemin, sont depuis en appartement, se sont mariés.»
«La plupart d’entre eux ont une déficience légère, dans la grande majorité des cas. Ils ont besoin qu’on leur montre des choses concrètes et peuvent apprendre une routine fonctionnelle comme payer le loyer, faire l’épicerie, prendre l’autobus. Il suffit de leur montrer», indique Mme Doré.
Pas juste pour se désennuyer!
Et, surtout, particularité du carrefour ; non seulement on veut faire de ces personnes des citoyens à part entière, mais on s’y prend de manière originale, soit en les intégrant au sein de groupes d’activités de personnes ne présentant pas de handicap intellectuel.
Ateliers de Poterie, de couture, de vitrail et chorale, les personnes handicapées s’y mêlent aux autres en harmonie et chacun s'enrichit au contact de l'autre.
«La spécificité de l’éducation populaire, c’est l'accès à tous et, en ce qui concerne les personnes handicapées intellectuellement, la possibilité de se développer par l’apprentissage. Nous ne faisons pas que des activités occupationnelles, nous enseignons à ces gens», explique Louise Doré.
Auteure de deux ouvrages sur le sujet, Des gens comme tout le monde, publié en 1982 et Apprendre ensemble sans exclusion, lancé plus tôt cette année, la nouvelle retraitée laisse beaucoup d’outils à ses successeurs du carrefour. Son départ à la retraite a même été souligné par le lancement à l’UQAM du DVD Un plus pour tout le monde, qu’elle a coréalisé avec le jeune cinéaste Santiago Bertolino.
Très touchant, le film témoigne avec justesse, humour et émotion, du quotidien de ceux qui fréquentent le carrefour. Avis aux intéressés, tant le documentaire que l’ouvrage Apprendre ensemble sans exclusion sont disponibles au carrefour, au coût de 15$ chacun.
Se battre pour exister
Logé dans une bâtisse de la CSDM, financé à coup de subventions par le ministère de l'Éducation, le Carrefour d’éducation populaire tire bon an mal an le diable par la queue et ce malgré les nombreux acquis et la démonstration de l'efficacité de son travail auprès de la population locale depuis trois décennies.
«Il y a un manque de reconnaissance flagrant. Notre satisfaction, on la tire de voir les progrès des gens que l’on côtoie», explique la toute nouvelle retraitée, qui continue de fréquenter le carrefour par amour pour son «bébé collectif».
Martin A. Chamberland