OTTAWA - Un rapport sur la mort d'un détenu autochtone dans un pénitencier fédéral réserve des reproches de négligence au personnel, ajoutant qu'il a peut-être agi de façon discriminatoire.
L'Enquêteur correctionnel du Canada, Howard Sapers, conclut aussi à des déficiences dans le suivi de la tragédie survenue en octobre 2006, précisant que les délais d'investigation ont été inacceptables.
Howard Sapers qualifie l'affaire de troublante d'autant plus que les conclusions de son enquête reposent sur une multitude de sources bien documentées.
Le rapport de M.Sapers et celui des Services correctionnels du Canada affirment tous deux que le personnel du pénitencier a erré en diagnostiquant mal la nature et la gravité des blessures du détenu autochtone.
Aucun soin ne lui a été donné dans la demi-heure s'étant écoulée entre la constatation de son état et l'arrivée des techniciens ambulanciers. Le détenu a été laissé seul dans sa cellule alors qu'il souffrait d'une importante perte de sang au bras gauche; c'est ce qui a éventuellement causé sa mort.
Le rapport de M. Sapers n'identifie ni le pénitencier, ni le détenu concernés, pour des raisons de vie privée. Les détails correspondent toutefois au cas de Martin Blackburn, un détenu autochtone qui s'est suicidé en octobre 2006 au pénitencier de Warkworth, à 200 kilomètres au nord-est de Toronto.
Howard Sapers reproche aux autorités de ne pas avoir cherché à savoir si le fait que le détenu était autochtone a pu déterminer le manque d'attention dont il a fait l'objet.
"Ce que je trouve particulièrement troublant est qu'il ne s'agit pas d'un incident isolé, et que les problèmes sont bien documentés et bien connus des services correctionnels depuis un bon moment, a-t-il dit. Je crois que plusieurs problèmes sont en jeu. Le manque de ressources en est certainement un. (...) Mais il faut aussi s'assurer que les ressources disponibles sont utilisées dans les endroits prioritaires."
Quatre employés ont été suspendus sans solde pour de 10 à 20 jours relativement à cette affaire, mais le rapport estime que la réaction de Services correctionnels du Canada a été moins que satisfaisante - encore une fois.
"Nous constatons de nouveau que (Services correctionnels du Canada) ne s'acquitte pas correctement de sa responsabilité de protéger la vie et de prendre acte rapidement des recommandations ayant trait à la mort de détenus, a-t-il écrit. Nous continuerons à assister à des morts tragiques, comme celle-ci, tant que Services correctionnels du Canada ne mettra pas en place les mesures correctives nécessaires dans tous ses établissements pour améliorer les soins de santé mentale, répondre aux besoins des détenus et améliorer la réaction du personnel aux situations d'urgence."
M. Sapers recommande notamment à Services correctionnels du Canada de filmer les réponses médicales d'urgence, de mettre en place immédiatement un programme de sensibilisation aux différences culturelles, de partager rapidement avec les policiers toutes les informations relativement à la mort d'un détenu et de mettre en place une politique pour répondre aux allégations de discrimination.
Services correctionnels du Canada a indiqué avoir l'intention de répondre à ces recommandations et de faire enquête sur les allégations de discrimination.
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