QUEBEC - Les Québécois ne connaîtront pas les circonstances exactes qui ont amené le gouvernement Charest à limoger le délégué général du Québec à New York, Bruno Fortier.
Après deux jours d'audiences, la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur le congédiement précipité de M. Fortier n'a pas livré la marchandise, a reconnu mercredi l'opposition officielle.
"C'est clair qu'on ne ressort pas avec la lumière sur le congédiement. On ressort avec davantage de questions, je pense, et le flou artistique demeure", a dit le leader parlementaire de l'ADQ, Sébastien Proulx, en point de presse à l'Assemblée nationale.
Beaucoup de choses ont été dites sur le tempérament de M. Fortier par les huit témoins entendus en commission parlementaire, dont M. Fortier lui-même, le premier ministre Jean Charest et la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay.
Mais les témoignages ont souvent été contradictoires et dans certains cas, notamment celui livré par la directrice des ressources humaines au ministère des Relations internationales, Josée Cerone, confus et évasifs.
Pour le reste, les parlementaires n'ont pas cherché à révéler au grand jour la chaîne d'événements qui a conduit une employée de la délégation à loger contre M. Fortier une plainte pour harcèlement psychologique (un terme générique qui peut comprendre diverses formes de harcèlement).
Qui plus est, au terme de l'exercice, les membres de la commission ne sont toujours pas en mesure de comprendre la raison pour laquelle M. Fortier, une fois congédié, a été sommé de ne plus remettre les pieds à la délégation et d'attendre au Québec qu'on lui expédie ses effets personnels.
Pour cela, le député Proulx blâme le fouillis administratif qui règne, selon lui, au ministère des Relations internationales.
"Il n'y a personne qui est arrivé en nous disant: moi, je l'ai, le dossier complet, j'ai bien fait mon travail d'administrateur. Cela soulève plusieurs questions sur la façon dont on gère, à l'intérieur du ministère des Relations internationales, ce type de plainte et notamment sur la gestion de la ministre", a-t-il soutenu.
L'opposition officielle croit en effet que la ministre Gagnon-Tremblay sort affaiblie de la commission parlementaire puisque ses allégations à l'égard de M. Fortier - un individu qu'elle a décrit comme entêté, insubordonné, manquant de jugement et de discernement - ont été contredites à plusieurs reprises par les témoins.
"On a fait la démonstration que la ministre des Relations internationales n'a pas été en mesure de gérer une crise. La crise, si elle a existée pour le gouvernement du Québec, c'est parce qu'elle l'a créée d'elle-même. (...) Mme Gagnon-Tremblay a été complètement dépassée par les événements", a dit M. Proulx.
Il s'en est pris également aux membres libéraux de la commission qui, a-t-il relaté, ont empêché une ancienne employée de la délégation de livrer un témoignage.
Attachée commerciale à la délégation générale du Québec à New York de 1993 à 2005, Myra Clement espérait prendre la parole pour "faire état de la gestion de M. Fortier" à l'époque où ce dernier assumait les fonctions de directeur économique.
En déclinant la requête de Mme Clement, les libéraux ont privé les Québécois d'un témoignage susceptible de jeter un "éclairage nouveau" sur l'administration et la personne de M. Fortier, a-t-il dénoncé.
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