OTTAWA - Le gouvernement conservateur a choisi d'abolir un registre d'information imparfait mais néanmoins valable, plutôt que de courir le risque de faire l'objet d'une minutieuse surveillance, selon un théoricien que le premier ministre Stephen Harper avait pourtant cité en plusieurs occasions, lundi.
La prise de position des dirigeants du Parti conservateur est revenue les hanter lorsque Alasdair Roberts, un spécialiste de la liberté d'information, selon les dires mêmes du président du Conseil du Trésor, Vic Toews, a anéanti leurs arguments quelques instants après la période de questions à la Chambre des Communes.
La controverse entoure le "Système de coordination des demandes d'accès à l'information", un registre créé en 1989 afin de permettre au gouvernement de surveiller et contrôler les demandes d'accès à l'information, mais que des groupes et des citoyens utilisaient de plus en plus pour faire un suivi sur les requêtes d'accès à l'information reçues chaque mois par le gouvernement.
La Presse Canadienne a révélé, au cours du week-end, que le Conseil du Trésor avait aboli le registre en douce le mois dernier.
Pressé de questions par les partis adverses lundi aux Communes, M. Harper a soutenu que son gouvernement avait éliminé le registre car il était trop coûteux et qu'il ralentissait la procédure d'accès à l'information gouvernementale.
Le chef conservateur a ensuite cité un rapporté produit par M. Roberts, en 2003, sur la confidentialité gouvernementale.
"Ce registre a été qualifié de 'preuve de l'obsession des précédents gouvernements pour le contrôle de l'information', et c'est la raison pour laquelle le gouvernement s'en est débarrassé", a déclaré M. Harper pendant la période de questions.
M. Toews a par la suite invoqué le même principe, reprenant également les mots de M. Roberts.
Mais MM. Harper et Toews n'ont jamais souligné le fait que M. Roberts avait également suggéré, pour solutionner les problèmes, de rendre le registre public accessible via internet, une initiative qui n'aurait virtuellement rien coûté au gouvernement, selon une estimation du Commissariat à l'information du Canada faite en 2004.
M. Roberts a éventuellement pris les choses en main en rendant le site accessible via internet, par l'entremise de son site personnel, et le journaliste David McKie, de la radio de Radio-Canada, a pris la relève en 2006.
"Ils (les conservateurs) n'ont aucun souci de ce que je pense du registre ou de la loi sur l'accès à l'information, a déclaré M. Roberts alors qu'il se trouvait à New Delhi, en Inde, lundi. Si c'était le cas, ils auraient écouté les recommandations que j'ai faites il y a quelques années afin de rendre ce registre totalement accessible au public."
M. Roberts, qui amorcera de nouvelles fonctions à la Faculté de droit de l'Université Suffolk, à Boston, a laissé sous-entendre que les conservateurs avaient adopté une méthode moins transparente de surveillance des demandes d'accès à l'information qui pourraient les embarrasser.
Le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a déclaré que cette décision reflétait une fois de plus le manque de transparence du gouvernement conservateur. M. Dion a qualifié l'administration Harper de la plus secrète de l'histoire canadienne.
"Allez-vous me dire qu'il est plus facile, pour un citoyen, de consulter le registre de chaque ministère et de chaque agence? Ou bien d'avoir un seul registre?", a questionné M. Dion, à sa sortie de la Chambre des Communes.
Le leader du NPD, Jack Layton, a par ailleurs rappelé que le registre avait été mis en place en 1989 par le premier ministre conservateur Brian Mulroney, et que "les critiques de M. Harper et de son équipe étaient plutôt inappropriées".
Le Bloc québécois a également réagi, lundi après-midi, comparant le geste des conservateurs à leur décision de cesser la mise à jour du registre des armes à feu.
"Obsédés par leur volonté de ne laisser filtrer aucune information susceptible de leur nuire, et décidés à faire en sorte que tout tourne comme ils l'entendent, les conservateurs sont vraiment en train de faire dérailler la Loi sur l'accès à l'information", a affirmé Carole Lavallée, députée de Saint-Bruno-Saint-Hubert et porte-parole du Bloc en matière d'Éthique.
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