OTTAWA - Le gouvernement fédéral est accusé d'avoir orchestré l'emprisonnement à l'étranger d'un citoyen canadien soupçonné de liens terroristes, pour ensuite le laisser plusieurs années au Soudan, et ce, même après sa libération de prison sans qu'aucune accusation n'ait été retenue contre lui.
Abousfian Abdelrazik a été arrêté en août 2003, lors d'un séjour au Soudan alors qu'il rendait visite à sa mère souffrante, avant d'être libéré.
"Il a été essentiellement disculpé", a dit son avocat basé à Ottawa, Yavar Hameed, qui croit que ses deux emprisonnements étaient manifestement le résultat d'un tuyau provenant du Service canadien du renseignement de sécurité, qui suspectait M. Abdelrazik d'être lié à al-Qaïda. L'homme dément ces renseignements.
Son avocat voit un parallèle avec le cas de Maher Arar, l'ingénieur d'Ottawa qui a été emprisonné et torturé en Syrie à la suite de fausses accusations de liens terroristes, émises par la GRC.
M. Hameed s'inquiète du traitement reçu par son client dans les prisons soudanaises, même s'il n'existe aucune preuve que celui-ci ait été torturé. Selon lui, le Canada est d'autant plus injuste qu'il refuse toujours de lui procurer le passeport nécessaire ou d'autres documents de voyage, qui lui permettraient de revenir à Montréal et ainsi retrouver sa femme et ses enfants.
L'avocat compare l'attitude des autorités canadiennes à "une extradition ou un exil".
M. Abdelrazik a le droit, en tant que citoyen canadien, de revenir au pays. Mais il a été inscrit sur une liste noire des vols internationaux, comme suspect terroriste.
Toujours selon l'avocat, le problème aurait pu être résolu en 2004 si Ottawa avait accepté une offre soudanaise de le faire rapatrier à bord d'un avion privé, affirmation niée par le ministère des Affaires étrangères
De plus, M. Abdelrazik n'aurait obtenu aucune aide au cours d'une rencontre le mois dernier avec un responsable du bureau du ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier.
Pour sa part, le député néodémocrate, Paul Dewar, réclame que M. Abdelrazik soit ramené au Canada si aucune preuve n'est présentée contre lui.
La famille de M. Abdelrazik organise une conférence de presse mardi sur la Colline parlementaire, où elle fera appel au ministre Bernier, ainsi qu'au premier ministre Stephen Harper, pour aider leur parent à revenir au Canada.
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