Maxime Bernier et Julie Couillard. LA PRESSE CANADIENNE /Paul Chiasson/ 2007file
OTTAWA - En dépit de l'avis contraire des spécialistes de la sécurité, le gouvernement conservateur continue à dire que les aventures amoureuses du ministre Maxime Bernier avec une femme proche des motards ne concernent que lui.
Le sénateur Michael Fortier a toutefois fait une brèche dans cette défense vendredi en affirmant sur les ondes de la radio publique qu'il comprenait pourquoi l'on s'intéressait à l'affaire.
En entrevue à Radio-Canada, le ministre non élu a dit éprouver de la sympathie pour M. Bernier "qui a vécu certaines semaines plutôt difficiles récemment".
En réponse à une question de Christiane Charette, il a repris le refrain de ses collègues et souligné qu'il s'agissait d'abord et avant tout de "la vie privée de Maxime".
Il a toutefois ajouté du même souffle que l'occasion de l'attaquer était "très belle". "Si on était dans l'opposition, nous aussi on l'aurait relevé. Mais ça veut pas dire parce qu'on l'aurait relevé que ça aurait été exact de le faire", a-t-il admis.
Pour le Bloc québécois, ce commentaire de M. Fortier démontre que les conservateurs ont bien saisi la pertinence de l'histoire et qu'ils tentent par tous les moyens d'en minimiser les conséquences.
"Il dit que nous avons raison parce que ce sont des questions importantes qu'actuellement le gouvernement traite à la légère pour essayer de couvrir son laxisme", a fait valoir le leader parlementaire Pierre Paquette, à l'issue de la période des questions.
D'après lui, il est inconcevable que les responsables n'aient pas mené d'enquête sur la conjointe d'un des personnages les plus importants du gouvernement. Il est aussi surprenant que le premier ministre n'ait pas hésité à lui confier des fonctions aussi délicates dans les circonstances.
"Ecoutez, si elle avait des liens avec al-Qaïda (...) je ne pense pas que l'attitude du gouvernement aurait été aussi désinvolte", a-t-il insisté.
Le spécialiste de la sécurité Michel Juneau-Katsuya est du même avis. Selon lui, le risque est "crédible" puisqu'on sait que l'ancienne conjointe de M. Bernier, Julie Couillard, a fréquenté au moins deux membres de groupes criminels dans les années 1990.
"Des gens ont été pris alors qu'ils agissaient pour le compte du crime organisé et qu'ils avaient infiltré différents niveaux de gouvernement", a-t-il rappelé.
L'ancien employé du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) dit que le premier ministre aurait dû se poser des questions.
"Il n'est pas question de tourner les coins ronds quand il s'agit des postes les plus importants du cabinet", a-t-il insisté, en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.
M. Juneau-Katsuya rappelle que le ministre des Affaires étrangères a accès à des tonnes de documents secrets et qu'il rencontre aussi régulièrement des leaders d'autres pays.
Selon Pierre Paquette, M. Bernier aurait dû être obligé de choisir entre son poste et sa conjointe, si cette dernière n'avait pas satisfait aux exigences de la sécurité.
L'opposition se défend bien de vouloir s'en prendre injustement à Mme Couillard, dont l'arrivée à Rideau Hall au moment de l'assermentation de M. Bernier l'été dernier avait attiré l'attention.
"Ce qui est important pour nous c'était de s'assurer qu'on protège la sécurité nationale. Alors dans la mesure où le gouvernement tout simplement dit on a fait des vérifications, il n'y en a pas de problèmes, le dossier est clos et c'est tout", a assuré le député libéral Denis Coderre.
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