Le message est-il assez clair?
Les résultats du scrutin du 26 mars ont surpris bien des gens. Les sondages avaient prédit un gouvernement minoritaire, mais rares sont les observateurs qui avaient bien évalué l'ampleur de l'appui accordé à l'ADQ.
Je pense que cet appui est encore plus généralisé que ne le laisse croire le nombre de sièges remportés par les troupes de Mario Dumont. Contrairement à ce que soutiennent encore plusieurs analystes, la vague adéquiste ne s'est pas limitée aux « régions », elle a aussi largement affecté les centres urbains et Montréal n'y a pas échappé. Sur l'île de Montréal, l'ADQ a augmenté considérablement son support populaire et devance nettement le PQ, dans plusieurs comtés.
On aurait bien tort de considérer cette poussée comme un phénomène marginal ou temporaire. Elle témoigne, à mon avis, d'un sentiment profond qui n'a rien à voir avec la force d'une machine électorale. Sans argent, sans équipe, Mario Dumont a réussi à rallier derrière lui près du tiers des électeurs québécois.
En 2003, la population avait voté pour un bouleversement profond dans la gestion de l'appareil gouvernemental. Jean Charest l'avait promis, à ce moment-là et il avait obtenu le support massif des citoyens. Quatre ans plus tard, les Québécois considèrent que les libéraux n'ont pas respecté cet engagement et ils ont exprimé leur mécontentement. Le parti dirigé par Mario Dumont a promis des changements encore plus radicaux que ceux promis par Jean Charest, en 2003 et les Québécois lui ont manifesté leur support, dans une très large mesure.
Au fond, les résultats de 2003 et ceux de 2007 s'inscrivent dans la même foulée. Les électeurs ont reporté le PLQ au pouvoir, mais dans un gouvernement minoritaire. Ils lui ont surtout reproché son incapacité à réaliser ses objectifs.
Ce qui m'encourage beaucoup, au lendemain de cette élection, ce sont les propos de Jean Charest. « La population nous envoie un signal sur notre façon de faire, sur peut-être, certaines priorités qu'ils nous demandent de revoir », a-t-il déclaré, quelques heures après sa réélection. Il lui appartient maintenant de démontrer que c'est là sa véritable conviction.
Il ne faut d'ailleurs pas se leurrer: c'est encore le gouvernement Charest qui est au pouvoir. Mario Dumont est certainement prêt à retourner devant l'électorat dans quelques mois, s'il en a l'opportunité, mais pour cela, il lui faudrait défaire le gouvernement. Cela ne risque pas d'arriver, car les stratèges péquistes feront tout pour éviter une nouvelle élection.
Jean Charest a donc de bonnes chances de se maintenir au pouvoir pendant un bon bout de temps. Au fond, les Québécois lui ont donné une autre chance de réaliser ses promesses de 2003. Pour y arriver, il lui faudra cependant réviser la « façon de faire » du gouvernement qu'il dirige. Et il devra s'inspirer de plusieurs des idées de Mario Dumont pour opérer cette transformation. C'est la volonté, selon moi, qu'ont exprimé la majorité des électeurs, le 26 mars.