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De sang et d’amour sur les livres

Par Paul Rollin, libraire en liberté

Article mis en ligne le 30 décembre 2009 à 10:53
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De sang et d’amour sur les livres
Par Paul Rollin, libraire en liberté
Ce n’était pas encore la nuit, mais un simple soir de semaine où l’hiver s’amuse à cacher le soleil pour nous rendre un peu fous, déstabiliser nos humeurs. À force d’avoir les deux pieds dans la neige, on a trop souvent le cœur qui gèle. Marie devait fermer le magasin, sacrifice qu’il faut parfois exécuter pour tenir compte de ce que l’on aime dans la vie, se disait-elle. Rien n’est jamais parfait, mais non plus assez pire pour qu’on le dise grave. Comme la mort, tonalité infinie des petits quidams que nous sommes, ou même la solitude, la vraie, celle qui cherche à nous miner quand le monde entier, pour ces quelques rares fois, semble bien aller.

Personne dans le magasin, le froid de la tempête étant trop intense, vicieux, n’attendant que le sacrifice de nos doigts, du bout de notre nez, de notre âme s’il en fut capable. Il n’y avait autour de Marie que des livres, des œuvres qui sont restées figées dans le temps, comparses réincarnés sous forme de papier. Pas de patron à l’horizon, elle feuilletait les livres, attendant l’heure fatidique qui sonnerait pour qu’elle aille rejoindre ses chats et un appartement chaud. C’est le genre de solitude qu’elle adorait, pas de clients pour l’embêter, ruiner une bonne ligne entamée et lui rappeler que le travail de libraire est parfois ingrat, en se foutant de toi, parce que la lecture de la mousse de nombril semble avoir la cote. Les livres et leurs auteurs silencieux sont de loin plus respectueux que n’importe quel humain, un partage équitable sans rien souiller, que le bruit des pages et parfois du vent de la tempête qui glisse contre la fenêtre.

Un homme pousse la porte, le manteau et les bottes couverts de neige. Il salue Marie et prend pied vers un vagabondage des rangées. C’est toujours cinq minutes avant la fermeture de la librairie qu’il y en a un qui se décide à avoir besoin de quelque chose, même en plein enfer hivernal. Marie n’y comprend rien, mais se fait un plaisir d’aller lui offrir son aide pour qu’il en finisse au plus vite, et elle aussi par le fait même.



Elle s’approche de l’homme qui ressemble à un bonhomme de neige en pleine fonte et lui demande :

- Est-ce que vous cherchez quelque chose en particulier?

Il l’observe d’un sourire un peu navré, mais avec un regard gentil, de ceux à qui on fait confiance.

- Vous fermez bientôt, hen?

- Ouais, mais peut-être que je peux quand même…

Elle n’a pas eu le temps d’en dire plus long qu’elle a reçu le poing froid du client sur le nez. Éclaboussures de neige et de sang, jusqu’à ce qu’elle s’effondre par terre. Le bonhomme de neige avait complètement fondu et en dessous se cachait bien pire que ces monstre que l’on craint sous notre lit : il y avait un homme. Braguette baissée, la jupe de Marie est partie en feu et la nuit a mangé le jour. Il était trop tard, il avait la main sur sa bouche, pour une fois que les mots auraient pu être autre chose que souillure. Elle s’est enfuie, vite, sans même que son corps ne bouge, en alerte par la violence de son bourreau. Elle est allée se réfugier près de Laferrière dans les chaleurs du Sud, de Vigneault dans la folie du voyage, où elle a compris tout le sens du mot naufrage. Elle c’est saoulée à mort avec Bukowski et Coelho, ils ont dansé un moment avec les anges. Chaque reliure qui lui tombait sous l’œil lui tenait aussi la main. L’homme s’est relevé puis est disparu dans la nuit, comme un fantôme dans la vie de Marie.

C’était un soir, il faisait froid, un froid grave, comme la mort et la solitude de quelque chose qui s’éteint. Marie est rentrée chez elle, avec ses chats et quelques auteurs, comme des gardiens sous ses bras. Quelques mois plus tard, Marie a eu un fils, beau et gras, qui est à son tour devenu libraire grâce à ces histoires qui vous raccrochent parfois à la vie et qui vous dit aujourd’hui qu’une femme n’est pas un roman, plus fragile encore, car les pages que l’on y déchire ne se réécrivent pas.

Paul Rollin de la librairie de Verdun, qui salut toutes les Maries de ce monde.

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