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Chrysler n’est pas sorti du bois
Benoit Charette
Ce qui devait arriver s’est finalement produit. Chrysler s’est placé sous la protection des tribunaux pour quelques mois, deux à quatre selon les analystes, pour se refaire une santé financière et ensuite reprendre du service. Mais attention, il est vrai que la compagnie va peut-être s’en sortir, mais elle n’est pas au bout de ses peines. Bien des gens se demandent pourquoi les gouvernements ont décidé de continuer à venir en aide à des compagnies qui dans n’importe quelle autre circonstance auraient simplement fait faillite. Les gouvernements du Canada et des États-Unis ont décidé de prendre notre argent pour sauver une très importante industrie, celle de l’automobile qui fait travailler une personne sur 7 au Canada. Ce n’est pas Chrysler qui est nécessairement visé ici, mais plutôt ce que Chrysler représente. Mais même avec l’aide des gouvernements, les chances de réussite sont très mince. Le sort de bien des fournisseurs est très précaires et plusieurs de passeront pas au travers cette crise économique qui va laisser des cicatrices chez bien d’autres constructeurs. Le réseau de concessionnaires va être fortement amputé et risque à court terme de plonger un peu plus creux la récession. Il y a encore bien des thématiques qui doivent adressées avant de pouvoir espérer voir un retour en force de Chrysler.
1- La question de la dette
Chrysler veut se débarrasser de sa dette de 6,9 milliards en offrant 2 milliards aux créanciers pour avoir droit à un prêt de 16 milliards. Donc elle sera encore plus endettée suite à cette opération et cet emprunt augmentera les coûts de production de 400$ par véhicule. Il faut rappeler que cet argent est celle des contribuables, votre argent et mon argent. Si Chrysler veut s’en sortir, le gouvernement devra transformer ce prêt en DON, sinon tout le projet est voué à l’échec.
2- Chrysler perd des parts de marché depuis bientôt 15 ans et représente moins de 10% du marché en ce moment. La compagnie n’a aucun nouveau modèle à l’horizon et les fruits de l’association avec Fiat ne verront pas de nouveaux modèles en sol nord-américain avant 18 mois. Entretemps, les gens ne seront pas enclin à acheter un produit d’une compagnie en faillite. De plus, la compagnie a coupé ses budgets publicitaires de 50%, ce qui n’est rien pour augmenter les ventes.
3- Chrysler a perdu 16,8 milliards de dollars l’an dernier et les analystes prévoient qu’elle perdra de 10 à 12 milliards cette année. Beaucoup pensent que les montants octroyés par les gouvernements devront être beaucoup plus élevé que ce qui avait été prévu. Jusqu’où doit-on aller avec l’argent des contribuables ?
4- Fiat est vu comme un sauveur dans cette transaction, mais aucun produit de cette transaction n’arrivera sur le marché à court terme. Si Chrysler survit à cette période de vide automobile, il faudra ensuite convaincre les Américains de faire l’achat de petits véhicules. Ce segment ne représente que 3% du marché aux Etats-Unis et traditionnellement, le consommateur américain n’est pas intéressé par ce genre de voiture. De plus, ceux qui sont assez âgé pour se souvenir de FIAT vont sans doute être réticent à en faire l’achat. Car à l’image de Chrysler, Fiat n’offrait pas de très bons produits et la qualité de ses produits aujourd’hui ne s’est pas améliorée.
5- Chrysler offre une gamme de produits qui n’ont plus la cote. Il faudra investir massivement dans une nouvelle gamme de produits qui colle aux ententes des consommateurs. On ne peut pas se fier uniquement sur la gamme de Fiat qui répond à une petite part du marché. Naturellement pour être capable répondre à cette nouvelle demande, il faudra des sous et beaucoup de sous. Un nouveau modèle de voitures coûte entre 1,5 et 2,5 milliards de dollars à développer. D’où proviendra cet argent ?
6- Le gouvernement Obama veut resserrer les normes de consommation aux Etats-Unis. Les compagnies automobiles devront débloquer d’énormes sommes d’argent pour repenser l’ensemble de ses modèles. D’où proviendra cet argent pour Chrysler ?
7- Daimler a essuyé un échec avec Chrysler, Cerberus n’a pas obtenu plus de succès. Fiat est dans une position financière qui n’est pas tellement plus enviable que celle de Chrysler. Beaucoup de gens sont sceptiques face aux chances de réussite de la compagnie Italienne.
8- Un dernier point en ce concerne le personnel de qualité de Chrysler. Dans la dernière année seulement, plus de 5 000 personnes ont quitté Chrysler. Ingénieurs, planificateurs, chef de projets, beaucoup de gens avec une énorme expérience de travail. Même si toute la restructuration fonctionne, la compagnie a perdu une grande partie de ses cerveaux et risque fort de ne plus avoir le savoir0faire pour opérer une transition valable sur le marché. Un bon entraineur peut tirer le maximum de ses joueurs, mais si vous n’avez plus de joueurs
(En collaboration avec Dennis Desrosiers)
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à Midi sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca
Martin Lacroix
Commentaire mis en ligne le 12 mai 2009je ne crois pas que de donner de de notre argent pour sauver ces compagnies sous le pretexe des emplois perdu soit valable... puisque quoi qu'il arrive les nords amériquains continuront à acheter des véhicules et d'évidence il y aura toujours des gens pour en fabriquer!!
Peut-etre seront-ils plus à l'écoute de leur clients!
Questions:
Escequ'une économie basée principalement sur l'automobile est valable??