«Oui, nous exigeons un autre projet de réfection de Turcot»
À l’ordre du jour de la rentrée parlementaire de l’Assemblée nationale et de la couverture médiatique de ces derniers jours, l’état des structures de l’échangeur Turcot et son projet de réfection ont beaucoup fait parler.
Madame Françoise Bertrand (La Presse, 29 octobre 2008) nous décrit comme des «groupes qui s’opposent systématiquement à tout développement» parce que nous avons déposé plus de 10 000 signatures lors de la rentrée parlementaire pour demander la réduction de la pollution automobile en milieu urbain par la mise en place de plus de transport alternatif. Elle nous voit comme «une opposition coûteuse» alors que c’est nous qui sommes expulsés de Montréal, de nos quartiers, ou qui devons y subir les impacts d’un projet archaïque, sans prise en compte des connaissances détenues en ce début de XXIe siècle. De plus, Madame Bertrand nous perçoit comme un mouvement «qui favorise l’exode vers la banlieue» alors que le gouvernement provincial s’est désinvesti du financement du transport collectif (de 374,4 M$ à 173,6 M$ entre 1991 et 2001, Rapport Bernard, 2002), politiques favorisant de facto l’étalement urbain.
Denis Lessard et Bruno Bisson l’ont répété à la une de La Presse pendant trois jours (23, 24, 27 octobre 2008) : la réfection de l’échangeur Turcot deviendrait urgente, les structures «pourraient poser des problèmes de sécurité pour les usagers». Denis Lessard précise tout de même que «ces ouvrages, au Québec, n’ont pas fait l’objet d’un entretien assez intensifs dans les dernières décennies». Le lien est clairement fait avec l’effondrement du viaduc de la Concorde d’il y a deux ans. Le sentiment de peur est réveillé chez les lecteurs automobilistes. Et les Montréalais d’en dessous ? Et oui, il y a de la vie sous l’échangeur Turcot : des logements, des entreprises, des écoles, des centres d’hébergement pour aînéEs, un centre sportif… Tout un petit monde et des citoyenNEs de l’arrondissement du Sud-Ouest qui voient la construction de béton s’effriter et s’interrogent sur les impacts futurs du nouveau projet déposé par Transports Québec.
M. Bisson insiste sur les coûts des réparations actuelles : 34 millions en 500 interventions durant les 2 dernières années. S’il est normal de s’interroger sur les coûts et sur la logique économique du remplacement d’une telle infrastructure, pourrions-nous également évaluer combien nous coûteront les frais d’hospitalisation et de suivi médical des impacts sur la santé des populations limitrophes avec l’abaissement prévu des voies automobiles du projet actuellement déposé par Transports Québec ? En effet, la Direction de la Santé Publique de Montréal est très claire sur les problèmes d’asthme et d’hospitalisation pour problèmes cardio-vasculaires des résidants de zones limitrophes aux autoroutes. On sait notamment que la pollution atmosphérique est responsable de 1540 décès par année à Montréal. Les aînéÉs et les enfants étant les plus sensibles, il y a de quoi être inquiet pour les populations voisines de l’échangeur Turcot quand on dénombre pas moins de 8 centres d’hébergement pour aînéÉs (regroupant plus de 800 personnes) et 3 écoles dans le périmètre le plus à risque. Or, une recherche montréalaise réalisée par le Dr Audrey Smargiassi a démontré que les personnes de plus de 60 ans habitant le long d’une route avec plus de 7700 véhicules/heure en pointe matinale présentaient un risque d’hospitalisation pour problèmes respiratoires de 30 % supérieur à celui des résidants de rues plus tranquilles.
Dans le même sens, Nathalie Collard (La Presse, 26 octobre) souhaite «Repenser Turcot» par une structure plus «verte». Elle souhaite un échangeur «moins laid» qui mettrait en valeur l’une des portes d’entrée de Montréal. Nous ne pouvons qu’être d’accord, surtout si cela signifie un meilleur projet avec moins d’impacts négatifs sur les quartiers. Au-delà de ce souci compréhensible, il semble pertinent de rappeler qu’en ce début de XXIe siècle, nous avons aussi des préoccupations collectives comme la réduction de notre production de gaz à effet de serre. Or, le transport est responsable de 49 % des émissions à Montréal. Le MTQ devrait tenir compte du Plan d’action sur les changements climatiques et de la Politique de transport collectif du gouvernement du Québec. De même, il devrait faire le lien avec la volonté annoncée par la Ville de Montréal, à travers son Plan de transport, de réduire l’utilisation de l’automobile et de faire des transports collectifs une priorité. Ainsi, il profiterait de la réfection de l’échangeur pour réduire le nombre de véhicules tout en augmentant la capacité de déplacement des personnes par le transport collectif.
Enfin, se pourrait-il que l’on se souvienne que parmi les citoyenNEs résidant actuellement dans le Sud-Ouest (précisément dans le Village des Tanneries à Saint-Henri au sud de la 720), près de 200 ménages perdraient leur logement parce que le nouveau tracé de l’autoroute a décidé de passer dessus… pour une question de phasage dans les travaux… En effet, ne souhaitant pas arrêter ou diminuer le passage des quelque 280 000 véhicules qui passent quotidiennement par l’échangeur, Transports Québec pense maintenir la circulation sur l’autoroute actuelle tout en construisant la nouvelle à côté. Or, la place manque dans Saint-Henri… Et aucune solution n’est proposée à ces ménages expropriés, locataires à 80%. Pourtant, la ministre [des Transports] Boulet déclare que «la consultation avec les résidants du secteur sera importante pour toute la durée du chantier». Quand le ministère commencera-t-il à mettre en œuvre cette «écoute nécessaire» qu’il se targue d’avoir ?
Nous, citoyenNEs, organismes et entreprises du Sud-Ouest, avec l’appui de nos concitoyens de l’Est de la Ville, nous nous considérons au contraire à l’avant-garde d’un développement sain, durable, concerté et réfléchi de Montréal pour le XXIe siècle, en revendiquant plus de transport collectif et actif et moins de pollution en milieu urbain pour une meilleure qualité de vie à Montréal.
Pour mieux connaître notre point de vue : www.mobilisation-turcot.info.
Daniel Bouchard, Coalition pour la Réduction et l’Apaisement de la Circulation
Pierre Brisset, architecte du Groupe en Recherche Urbaine
Marc Caouette, Centre du comptoir Coupe d’or, représentant des entreprises manufacturières au CA du Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RÉSO)
Jean Décarie, urbaniste retraité de la Ville de Montréal
France De Montigny, Pro-vert Sud-Ouest
Steeve Dupuis, Table de quartier Concertation Ville-Émard/Côte St-Paul
Michelle Duval, professeur à l’École de travail social, UQAM
Jacques Forget, POPIR-Comité Logement
Pierre Gauthier, professeur en urbanisme, Université Concordia
Gaétan Legault, Coalition pour Humaniser Notre Dame
Diane Lemon, Regroupement des Organismes Pour Aînés et aînées du Sud-Ouest de Montréal
Pierre Morrissette, Regroupement économique et social du Sud-Ouest
Jody Negley, Comité des Citoyens du Village des Tanneries
Arthur Sandborn, Greenpeace
Sophie Thiébaut, Revitalisation Intégrée du secteur Galt dans Côte St-Paul
Sylvie Trudel, Table de quartier Solidarité Saint-Henri