Aider, canaliser, créer
Deux artistes à pieds d’œuvres pour les enfants du Sud-Ouest
Inaugurées le mardi 17 juin les murales géantes, 13 en tout, des écoles Ludger-Duvernay et Charlevoix à St-Henri redonnent vie et beauté à des édifices qui en ont bien besoin. Coccinelles, chenilles, papillons, fleurs, les dessins reproduits à l'aide de croquis s'inspirent des thèmes explorés en classe par les élèves, afin de créer un sentiment d’appartenance.
Ces murales en plus d’autres projets artistiques dans les écoles du Sud-Ouest, particulièrement à l’école primaire Marie-de-l’Incarnation à Côte-St-Paul, comptent parmi les hauts faits locaux de deux artistes aux parcours pas banals.
Margot Bussiere et Marc-André Jutras ont un point en commun dans leur trajectoire, l’Amérique latine. Lui y a suivi des graffiteurs au Chili et les a filmés. Anthropologue de formation, il s'est pris d’affection pour cet art, lui qui dessinait depuis sa tendre enfance. Artiste dans l’âme depuis toujours, officiellement depuis le début de la quarantaine, Margot Bussiere a pour sa part vécu en Bolivie après une formation aux beaux-arts où elle a fait des graffitis politiques pour dénoncer les injustices sociales.
Tous deux ont décidé de canaliser leur énergie créatrice de manière positive et au service des enfants: «Je sais ce que c'est que de bouillir en dedans et de chercher à s’exprimer. Il faut montrer aux jeunes un moyen de le faire, qui est constructif et avec lequel ils pourront même gagner leur vie», explique-t-elle.
«Nous croyons sincèrement que la répression n’est pas suffisante et qu’il faut des programmes de formation artistique d’art mural pour canaliser les besoins de cette population d’artistes marginaux vers des avenues légales qui pourraient enjoliver la ville, surtout durant les mornes mois d’hiver.»
Mère de sept enfants, Margot Bussiere a le tour avec les enfants: «Plusieurs venaient nous voir pendant qu’on peignait la murale, on les a écoutés, on a construis une relation avec eux. À certains, qui sont des graffiteurs, on leur a donné des trucs pour apprendre à manier le pinceau plutôt que la bombe aérosol», raconte l’artiste.
«Je suis certaine qu’un grand nombre de tagueurs et graffiteurs rêvent de réaliser des œuvres d’art mural et de pouvoir vivre de leur art. En réalisant ce genre de projet, nous leur montrons que c'est possible de le faire et nous espérons que ça leur donne envie de peut-être tenter leur chance aussi.»
Prochain plan de match pour les deux artistes? L'école primaire Jeanne-Le-Ber à Pointe-St-Charles assurément, selon Margot Bussiere: «On ne dirait pas une école, mais une prison! Ça n'a aucun sens». Espérons que Marc-André Jutras et Margot Bussiere obtiendront encore une fois une précieuse aide de la communauté - les matériaux pour les murales des deux écoles ont été subventionnés par Marguerite Blais et le commissaire scolaire Benoit Dorais -, afin d’arriver à leur fin.
Pour joindre les artistes :
Margot Bussiere: margotella@videotron.ca 514-835-2742
Marc-André Jutras: jutras20@hotmail.com
«Depuis des années que nous œuvrons pour donner aux jeunes des opportunités de s’exprimer artistiquement dans des contextes socialement acceptables qui pallient contres les expériences négatives associées au Graffiti illégal» - Margot Bussiere.