La Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs aura à l’œil le projet d’une école «noire» à Toronto. (Photo: Éric Carrière)
Une école exclusivement pour les élèves noirs à Montréal?
Alors qu’une école axée sur la culture noire pourrait voir le jour à Toronto l’an prochain, les représentants de la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs suivront de prêt le dossier, n’excluant pas la possibilité d’instaurer un lieu d’enseignement similaire à Montréal.
«On va avoir ce dossier à l’œil. Si l’expérience s’avère fructueuse à Toronto, il faudra se demander si une école pour la communauté noire de Montréal ne serait pas un bon moyen d’enrailler le décrochage scolaire de nos jeunes», laisse entendre le secrétaire de la TRMHN et médiateur en résolution de conflit dans le quartier de la Petite-Bourgogne, Michael Farkas.
Selon le projet adopté par la commission scolaire de Toronto, qui a fait l'objet de consultations publiques, l'établissement devra dispenser un enseignement avec un point de vue «afro-centrique» mettant l'accent sur la culture noire.
L'objectif du projet est de diminuer le décrochage scolaire chez les jeunes Noirs en leur fournissant un enseignement censé les concerner davantage et leur donner de meilleures chances de réussite par la suite.
«On a le même problème ici aussi, fait remarquer M. Farkas. Les professeurs sont, pour la grande majorité, issus de la communauté blanche. L’histoire enseignée est celle des Blancs. Il n’y a pas de modèle de réussite au niveau scolaire pour nous. Peut-être qu’avec plus de professeurs noirs… Mais l’idée d’avoir une école pour nos jeunes est une idée intéressante. Il faudra en débattre prochainement, ça, c’est certain.»
Ghettoïsation à l’horizon
Les adversaires de ce projet estiment que l’ouverture d’un tel établissement entraînerait la ghettoïsation de la communauté noire, tout en ouvrant la porte aux autres communautés ethniques et religieuses désireuses d’avoir leurs propres lieux d’enseignement financés par le ministère de l’Éducation.
«Est-ce qu’une telle école serait perçue comme un ghetto? Est-ce qu’on ne doit pas favoriser l’intégration des jeunes noirs au lieu de tous les mettre dans la même école? Est-ce qu’on favoriserait leur apprentissage tout en diminuant le taux de décrochage s’ils étudiaient tous ensemble ? Et qui paierait pour une telle école? La Commission scolaire de Montréal? Comme vous le voyez, il y a tellement de questions. C’est signe que le débat doit avoir lieu», constate M. Farkas.
Selon Lauraine Leblanc, vice-présidente de la TRMHN et récipiendaire du prix Anne-Greenup en 2006, prix qui souligne la lutte contre le racisme et la discrimination, les médias sont également en cause quand vient le temps de parler du taux de décrochage scolaire chez les jeunes issus de la communauté noire de Montréal. « On parle de nous seulement quand il y a de sales histoires. Rarement on souligne les bonnes idées des gens de notre communauté, ou l’apport de nos jeunes. Et c’est particulièrement le cas dans les médias francophones. L’image est importante et peut jouer un rôle sur la réussite de nos étudiants. Il serait temps de parler de nous en bien. »