Welcome to Montreal?
Née en 1947, ma mère a vécu toute sa vie à Montréal. Quand elle me parle de son enfance, elle se remémore des virées au centre-ville avec ma grand-mère qui l’amenait chez Eaton, Simpson’s et la Maison Henry Morgan, aujourd’hui devenue La Baie.
À cette époque, dans les années 50, les vendeurs et vendeuses ne font pas que répondre aux clients en anglais, ils les servent dans cette langue, ne parlant pas un mot de français. C’était ma grand-mère, se débrouillant avec ses «Yes», «No» et «Thank you» qui devait faire l’effort de parler en anglais.
Puis arrivèrent les années 60, la Révolution tranquille, le FLQ et un puissant vent de nationalisme. Reste que les petits vendeurs faisaient toujours régner leurs «Hi, may I help you» dans les boutiques montréalaises.
Arrivent plus tard la loi 101 en 1977, et l’affichage commercial obligatoire en français en 1984.
Et puis voilà les années 2000… et l’année 2008 où une enquête publiée dans le Journal de Montréal affirme qu’il est difficile d’être servi en français à Montréal. Donnant alors voix à une journaliste ayant décroché 15 emplois en tant qu’anglophone unilingue, sur 97 postulations…
Nous pouvons donc sauter sur deux conclusions. Soit se convaincre que le temps n’arrange en rien les choses, où s’avouer que, contrairement aux années 50, il y a eu un recul de l’anglais à Montréal au profit du français, ou du moins du bilinguisme.
Est-ce si scandalisant? Y a-t-il lieu de monter aux barricades, comme une certaine Pauline Marois, affirmant nécessaire d’établir des projets de souveraineté si son parti est élu? Ou déclarer que la loi 101 doit être obligatoirement respectée dans les CPE auprès de tout-petits venant à peine d’apprendre à mettre un pied devant l’autre?
Montréal comptait, en 2006, 1 823 905 habitants dont 889 960 parlaient seulement le français, 306 550 seulement l’anglais et 47 180 ne parlant aucune des deux langues. Semble-t-il qu’il faille malgré tout s’inquiéter du sort de la langue de Molière. Ok… Peut-être un peu en raison du gouvernement Charest qui fait passer le seuil annuel d’accueil des nouveaux arrivants de 45 000 à 55 000, laissant l’Office de la langue française affirmer qu’en 2021 ceux parlant français à la maison seront minoritaires à Montréal.
Mais encore… Ne soyons pas trop inquiets d’être un jour accueillis en terre montréalaise par un panneau affichant Welcome to Montreal, questionnons-nous plutôt sur le fait de briser l’isolement social d’une partie importante de ces nouveaux arrivants qui, eux, ne parleront ni le français ni l’anglais…